Sur un forum, une jeune se voit offrir la possibilité de renaître en tant que vampire.

Kawtar Moutami revisite dans ce récit d'un des grands mythes qui font le fantastique.

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Chapitre 1

Je suis née vampire un soir d'été, au mois de juin, peu de temps avant mon anniversaire. Rien ne m'avait préparée à cela! Pourtant, en y réfléchissant, c'était logique.

Il faut dire que j'étais comme qui dirait une fan des vampires et autre Dracula, je lisais tout ce que je pouvais sur eux : Romans, nouvelles, bandes-dessinées…Je n'étais intéressée que par ça ! Et pourtant je n'y croyais pas, mais alors pas du tout! Ça aurait été comme de croire au père Noël! Je savais qu'ils n'existaient pas mais ils peuplaient mon imaginaire.

A l'époque où j'ai découvert le mythe du vampire, j'étais encore jeune, une étudiante sans histoire, vraiment ordinaire, le genre à ne faire que des trucs sérieux. Mais quand il m'a fallut présenter un exposé, j'ai choisi le vampire comme thème, rien à voir avec mes études ! Mais bon, ça a intéressé tout le monde, alors…

Par la suite, j'ai cherché à diversifier mes lectures, à lire des écrits plus sérieux que des nouvelles ou des romans. Je me suis documentée sur la vie de Dracula, j'ai lu des essais de vampirologues, etc. Internet m'est apparu comme un moyen idéal pour satisfaire ma curiosité, si je voulais trouver des renseignements intéressants (tout savoir sur les vampires), c'est là que je trouverais.

J'ai donc surfé pendant des heures, allant de sites en "pages perso", j'ai appris des choses que je ne connaissais pas, dialogué avec d'autres fans, j'y ai passé des heures ! Un jour, je m'arrête sur un forum de lecture et je vois un message qui parle de vampire. J'y réponds forcément, et je me dis : pourquoi est-ce que je ne lancerais pas une discussion? C'était fait dans la seconde, le thème était "Dracula et autres, le vrai visage du vampire". Quelle n'a pas été ma surprise en découvrant le nombre de réponses ! Et moi qui croyais être la seule à avoir des lectures bizarres! Chacun y allait de son avis, pour les uns, la seule image du vampire était Dracula, puisque sans lui le vampire n'existerait pas, pour les autres il était complètement dépassé! Pour moi, en fait, ces détails n'avaient pas d'importance, ce n'était pas ce qui m'intéressait, je ne savais d'ailleurs pas ce que je cherchais, (mais je crois l'avoir trouvé!). Bref, j'échange des impressions, des opinions, des goûts avec les personnes qui me répondent et rapidement je passe pour une connaisseuse (ce qui n'est pas pour me déplaire puisque j'adore ramener ma science!). Jusqu'au jour où je reçois un message plutôt singulier d'un certain Vlad. Bon, il n'y a là rien d'étonnant dans un forum où on parle de vampire, mais lui me dit carrément qu'il en est un! Allons bon! Pas très fin dans le genre, le Vlad! Je lui réponds quand même - je mets un point d'honneur à répondre à tous les messages - en lui souhaitant la bienvenue et en lui faisant remarquer qu'on me l'a déjà faite.

Et lui d'insister. En fait, il est très sérieux, il a été impressionné par ma volonté de tout savoir sur son espèce et il est prêt à répondre à toutes les questions que je pourrais avoir envie de lui poser. Il ajoute : "il vaut mieux s'adresser au bon Dieu qu'à ses saints, non?"

A ce moment là, je me dis que Vlad veut jouer au malin. Je fais donc semblant de le prendre au sérieux et lui demande, comme s'il était un vrai vampire, si tout ce que l'on raconte sur eux est vrai : les pieux, les crucifix, les cercueils, l'ail, le soleil, etc.

Le lendemain il m'envoie une réponse d'une page et plus où il m'explique que les légendes ont une part de vérité, mais que ce ne sont avant tout que des contes, aussi tout cela est-il de la foutaise.

"La seule chose qui soit réelle est qu'on ne meurt jamais!"précise-t-il.

Vraiment? En lisant son post je me dis que ce Vlad se prend trop au sérieux, non mais encore un peu et je l'aurais cru, c'est dire!

"Comment ça de la foutaise? Tu veux dire que le soleil ne te réduit pas en cendre, que l'ail ne te donne pas de crise, que les pieux ne te tuent pas?" A la réflexion, je n'aurais peut-être pas du relancer le dialogue, à ce moment là. J'aurais mieux fait de laisser tomber et de passer à quelqu'un d'autre. Mais il m'avait interloquée et provoquée. Mon destin s'est sans doute joué à cet instant.

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Chapitre 2

Pendant des jours, donc, on discute. Il me raconte qui il est vraiment : un vampire, selon lui. Il n'est jamais malade, ne craint pas le soleil (il doit mettre de la crème solaire protection intense mais, à part ça, il ne brûle pas comme une allumette aux premiers rayons du soleil!), les pieux ne peuvent le tuer car ils ne pourraient même pas traverser son corps, les églises ne l'impressionnent pas, au contraire il aime les visiter.

Bref, au fur et à mesure, nos échanges sont plus nombreux et rapides. Plus le temps passe et plus je me surprends à le prendre réellement au sérieux. Nous avons abandonné le forum (pour le laisser aux amateurs) pour discuter par mail, c'est plus simple, plus direct, plus personnel. Et le doute disparaît, doucement, furtivement mais sûrement.

Il me décrit sa naissance de vampire en 1790. A cause d'une femme il a décidé de bouleverser sa vie, "un vampire ne peut naître que s'il l'a décidé, s'il en fait la démarche, c'est un acte volontaire et dans mon cas un acte d'amour", m'explique-t-il.

Voilà ce qui s'est passé : Il était tombé fou amoureux d'une aristocrate, condamnée à être guillotinée. Il était son geôlier. La vie qu'il menait le lassait, partout ce n'était que mort, cruauté, vengeance, délation, sang, horreur, toujours la même chose. Aussi, quand il l'aperçut la première fois, lui était-elle apparue comme un ange, un ange de douceur au milieu de l'enfer et il sut qu'il ferait tout pour elle.

Il avait besoin d'elle, il reprenait espoir à ses côtés. Elle semblait si sûre d'elle, si calme qu'il se demandait parfois si elle avait conscience de ce qui l'attendait. Il le lui avait demandé un jour qu'ils étaient seuls pendant la promenade journalière. Oui elle savait ce qui se passerait, "mais je ne mourrai pas, car je vivrai à travers toi" lui avait-elle répondu. Il n'avait pas compris ce que cela voulait dire, mais après tout, peu lui importait! Il aimait cette femme dont il ne connaissait même pas le nom, au point de mourir pour elle.

Ils se voyaient tous les jours, elle s'étonnait qu'un homme sensible et intelligent comme lui, si humain, puisse être geôlier. Il lui racontait sa vie, lui confiait son désespoir. Il n'avait pas eu le choix, son père l'avait été avant lui et il fallait nourrir sa famille, mais il rêvait : il voulait découvrir le monde, lire, apprendre, être riche et surtout libre. Elle l'écoutait et le réconfortait avec la douceur qui la caractérisait en lui promettant de lui offrir une vie meilleure.

- Comment le pourrais-tu? s'était-il écrié.

- Je te donnerai la vie éternelle, éternelle…

Il n'ajoutait rien, ne préférant pas y croire. Après tout, comment cela serait-il possible?

Pourtant, quelques jours avant son exécution il lui posa la question qui lui brûlait les lèvres:

- Comment? Comment feras-tu pour me donner ce que tu m'as promis?

- Je te donnerai un baiser, mais il faut que tu le veuilles et que tu viennes vers moi.

- Bien sûr, je le veux! Je t'aime! Ne l'avais-tu pas compris?

- Oh! Si, je le sais… tu m'aimes… mais tu ne me connais pas. " Elle marqua une pause. " Viens me voir dans trois jours, à minuit, et tu vivras éternellement, tu survivras à ce monde chaotique et seras le témoin privilégié de son changement. "

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Chapitre 3

Arrivée là du récit, les mails s'arrêtent. Quoi? Et la suite? Je veux savoir? Que fait Vlad? Je lui envoie message sur message, lui implorant de continuer son histoire.

Trois jours plus tard, il me répond, s'excuse de son silence et sans rien dire de plus reprend le cours de son histoire. Je lui demande s'il est allé la rejoindre. Oui il est allé la retrouver dans sa cellule à minuit. Elle était encore plus belle dans la lumière blafarde de la lune, si blonde, avec ses yeux si clairs qu'ils en étaient presque transparents et son sourire étaient encore plus doux. Il était muet, soudain intimidé alors qu'il n'avait aucune raison d'avoir peur, il s'était approché d'elle, avait caressé son visage d'une main tremblante, leurs yeux s'étaient croisés et elle l'avait embrassé, sur la bouche, un baiser sublime tout de miel et de velours. Puis elle avait laissé ses lèvres caresser son cou, sa langue parcourir sa veine battante lui procurant des frissons dans tout le corps. Il ne savait pas ce qui allait se passer mais il s'en moquait. Du moins c'est ce qu'il se disait quand elle le mordit sans prévenir. Malgré cela il ne ressentit aucune douleur. Son sang quittait ses veines pour affluer dans la gorge de sa bien-aimée, il le sentait, il le savait. C'était donc cela le "baiser" s'était-il dit dans un éclair de lucidité, mais bien vite il était retombé dans les délices de sa magie. Il se sentait bien, merveilleusement bien, comme jamais au cours de sa misérable vie. Plus ses veines se vidaient et mieux il se sentait, il n'avait plus peur, il était fort, puissant!

La magie s'interrompit, il ouvrit les yeux et la vit devant lui, superbe, vivante, les joues rosies, les yeux brillants et les lèvres rouge-sang. Elle lui avait dit de l'embrasser de la même façon. Il s'était exécuté et ce fût le plus beau moment de sa vie. " C'est indescriptible, m'écrivait-il, imagine toute la beauté du monde concentrée dans ce baiser, les couleurs qui éclatent en un millier d'artifices, les odeurs qui se mélangent, c'était magnifique, irréel…un jour si tu veux, je t'y ferai goûter. " Ajouta-t-il.

Je suis impatiente de connaître la suite! " Que s'est-il passé ensuite, êtes-vous devenu vampire?" Je ne me suis même pas rendue compte que je le vouvoyais, ça c'est fait comme ça, sans doute à partir du jour où j'ai cru ce qu'il me racontait.

Bref, il l'était devenu cette nuit là, par le simple échange d'un baiser de sang. Il l'avait choisi, certes, mais elle ne l'avait pas prévenu de ce qui suivrait : elle s'était effondrée, comme si ses jambes ne la soutenaient plus. Elle qui semblait si vivante quelques instants auparavant paraissait à la limite de la mort. Il s'était inquiété, l'avait prise dans ses bras mais il ne savait pas ce qu'il devait faire, il se sentait impuissant.

" Que t'arrive-t-il mon adorée, dis-le moi, que se passe-t-il? Pourquoi es-tu si faible alors que je me sens si fort!

- Je meurs…

- Comment? Pourquoi? Tu ne peux pas, j'ai compris que tu ne peux pas mourir, tu ne peux me laisser!

- Hélas mon doux amour, je meurs car il en est ainsi, je t'ai donné la vie, ma vie éternelle. Mais je vivrai à travers toi comme les autres à travers moi. Un jour tu trouveras celle par qui tu voudras vivre et tu lui feras le don que je t'ai fait.

- Non! Ne me laisse pas! J'ai tout à apprendre de toi! Je veux t'aimer pour le restant de mes jours! Pourquoi as-tu fais cela?

- C'est impossible, ma vie se termine ce soir. Tu m'as aimée cette nuit…tu n'as rien à apprendre, sois prudent c'est tout ce qu'il te faut savoir, tu n'as pas tant changé que cela, seulement, tu ne mourras pas.

- Mais…

- Ecoute-moi,… je vais mourir… sache que je t'ai aimé, c'est pour cela que je t'ai choisi…

Et elle mourut.

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Chapitre 4

J'avais les larmes qui coulaient à flots en lisant les dernières lignes de mon ami Vlad. C'est que j'y crois à cette histoire, c'est stupide, incohérent, mais c'est plus fort que moi. Ensuite je l'interroge sur sa vie d'Eternel. Il m'explique, me détaille tout ce que je veux savoir.

- Vous avez dû en voir des merveilles, voir le monde changer, traverser les modes, les époques, voyager, ce devait être excitant!

- C'est vrai, j'ai énormément voyagé, ma condition ne m'empêche pas de me déplacer le jour, de franchir les mers, de dormir à l'hôtel! J'ai découvert des centaines de pays, jusqu'à la moindre petite île, le plus petit lopin de terre. J'ai vu tout ce qu'il y avait à voir : l'horreur la plus atroce comme la beauté la plus intense. J'ai vu des couchers et des levers de soleil de tous les coins du globe. J'ai côtoyé des gens devenus célèbres aujourd'hui mais qui ne l'étaient pas alors. Je m'attendais à voir le monde changer. J'ai connu ce qu'il y a de pire chez l'homme, j'espérais que cela disparaîtrait grâce à la révolution. Je croyais à l'avènement d'une ère nouvelle faite de justice et d'espoir. Je me trompais. Rien de tout cela ne s'est produit! Les temps ont changé mais l'homme est resté le même animal, c'est un monstre.

Je suis restée un instant songeuse à la lecture de ses mots. Il avait l'air perdu, seul, désespéré. Il était né de l'amour et celui-ci était mort de sa naissance, il ne lui restait que l'espoir en l'humanité et elle l'avait déçu. Plutôt dur de vivre avec ça.

Pendant des semaines on continue à discuter, malgré sa souffrance il a de l'humour et je l'aime bien. Il comprend à quel point ma vie m'ennuie, (c'est pareil pour lui) que je veux une vie moins ordinaire. J'en ai assez d'être moi, de faire toujours ce que l'on attend de moi, de n'avoir le temps pour rien; je veux changer, observer le monde, le découvrir, tout apprendre de ses merveilles! Mais avec une vie comme la mienne ce n'est même pas la peine d'y penser.

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Chapitre 5

Et puis, enfin, un jour (ça faisait des mois que l'on correspondait) il me propose de venir à lui. Je dis d'accord. C'est au mois de juin, je dois le retrouver à une terrasse de café vers 22 heures, histoire de discuter face à face. J'arrive à l'heure, je déteste être en retard : on a tellement peu de temps que le gaspiller c'est l'horreur.

Il est déjà là, pas très grand mais très imposant, toute la sagesse du monde se lit sur son visage, et ses yeux sont ceux d'un homme qui a vu plus qu'il ne devrait et qui ne s'attend plus à être surpris.

Il m'accueille avec galanterie, j'ai l'impression d'être une sombre idiote, mais quand il plonge son regard dans le mien je sais que j'ai eu raison de venir, de lui faire confiance.

- Comment t'appelles-tu?

Ah ben oui j'oubliais, il ne connaît que mon pseudo d'internet!

- Yentell, et vous euh, et toi?

- Je ne sais plus, je me fais appeler Vlad

- Dis-moi Vlad, est-ce que tu es le seul? (Quelle est bête cette question!) Il sourit avant de me répondre.

- Non, il y en a d'autres. Je ne saurais te dire combien exactement. On ne se connaît pas, on ne se croise pas et on ne se cherche pas. Nous sommes avant tout des solitaires. Nous ne sommes pas différents des humains sauf que nous ne mourons pas et que nous ne sommes jamais malades.

- Et le sang?

- Ah! Le sang est parfois utile, pour naître mais ça tu le sais déjà, en dehors de certains cas extrêmes nous n'en avons pas besoin.

- Ca c'est plutôt sympa! Mais, au fait, explique-moi ce qui va se passer maintenant.

- Et bien, je vais t'offrir ce que chacun désire au plus profond de lui : vivre éternellement. Il ne faut pas que tu aies peur, tu n'as rien à redouter de moi.

- Oh ! Mais je n'ai pas peur ! Je veux seulement connaître les détails. Une fois que ce sera fait, que va-t-il m'arriver ?

- Tu ne sentiras presque aucun changement. Du moins, au début. La transformation prend beaucoup de temps. D'abord tu seras plus forte, tu ne connaîtras plus la fatigue et donc tu n'auras plus besoin de dormir. Ensuite, ton alimentation va changer. Si tu étais végétarienne tu risques de le vivre mal car tu ne te nourriras principalement que de viande. Tu ne pourras t'en passer. Enfin, tu seras plus sensible à la lumière du jour, c'est pour cela que nous préférons sortir la nuit. Bien entendu, avec une protection solaire adéquate ce n'est plus un problème !

- Et c'est tout ?

- Comme tu es impatiente ! Je te l'ai dit : ton changement ne se fera pas en une nuit. Au fil des semaines et des mois tu vas développer de nouvelles capacités, tant physiques que sensorielles. Tu verras, il te faudra attendre quelques années pour atteindre la maturité.

Oué, je suis un peu déçue de devoir patienter mais, après tout, ce n'est pas si grave que cela !

Ensuite on parle de tout et de rien, de ma vie, de ce qui est à l'origine de ma passion pour les vampires. Je n'ai jamais su expliquer aux autres pourquoi ils m'intéressaient tant, alors essayer avec un vampire c'est une mission impossible! Mais il y a une question que je me pose et n'y tenant plus je lui demande :

- Vlad? Pourquoi aujourd'hui? Pourquoi maintenant? Tu es vivant depuis si longtemps, tu as vu tant de choses!

Il ne répond pas tout de suite à ma question, comme si c'était la première fois qu'il réfléchissait sérieusement à cela.

- Justement. Vois-tu, quand je suis devenu vampire j'étais déboussolé. J'étais seul car mon amour m'avait quitté. Je me suis fait une raison en me disant que le monde m'attendait, qu'il avait à m'offrir tant de choses ! J'étais curieux et plein d'espoir. Finalement, j'ai été déçu. Partout les mêmes horreurs, les mêmes injustices, les mêmes ignominies. Je n'attends plus rien du monde et de l'humanité. J'ai vécu sans l'amour de ma vie pendant des siècles, aujourd'hui je veux la retrouver.

- Pourquoi moi alors?

- Tu es curieuse, insatiable, impatiente, ta vie t'ennuie, tu n'es pas faite pour elle, ça se voit. Tu as une fougue et une passion que je n'ai jamais eue, grâce à ça tu t'en sortiras beaucoup mieux que moi. Tu veux du temps ? Et bien, je te l'offre.

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Chapitre 6

L'heure approchant, on quitte la terrasse pour se rendre dans une chambre d'hôtel, assez coquette d'ailleurs. Je suis touchée, il aurait pu choisir un endroit sordide pour ce qu'on va y faire! Il me fait signe de le rejoindre, je m'avance, c'est drôle je suis presque aussi grande que lui.

- Tu es prête?

- Oui.

Il se penche vers moi et m'embrasse, c'est un baiser doux, triste, qui résonne comme un adieu. Puis il descend vers mon cou et quand il me mord, je connais un plaisir immense, parfait, un bonheur sans limite, une jouissance extrême. Je n'ai jamais connu ça auparavant, c'est tellement extatique !

Quand je le mords à mon tour je comprends ce qu'il a tenté de me décrire : une félicité sans pareil, une merveille, une beauté qu'on ne peut exprimer avec des mots; je sens le monde se transformer autour de moi, je suis en communion avec tout ce qui m'entoure, avec la terre entière. Je vois les couleurs vibrer, briller de milles feux, je vois des spectacles d'images et de parfums indescriptibles. Je découvre une beauté insoupçonnée, elle est dans chaque particule qui vole autour de moi ! C'est féerique mais cela prend fin.

Alors Vlad s'allonge sur le lit de la chambre, je lui prends la main. Je suis très triste à l'idée de le perdre, il est devenu un ami, on s'est compris.

- Fais attention, ne t'attache pas aux humains, ils ne pourraient que te décevoir. N'oublie pas tout ce que je t'ai dit…

Je ne sais pas quoi dire ni que faire.

Je reste près de lui jusqu'à la fin. Sa main est encore dans la mienne quand elle tombe en poussière. J'ai le cœur serré en pensant à Vlad, j'aurais aimé qu'il reste avec moi mais je ne l'oublierais jamais.

Au matin je quitte la chambre, je dois me méfier du soleil maintenant (quoique ça ne change pas grand chose pour moi étant donné que j'ai toujours eu la peau fragile, alors…)

Une nouvelle vie s'offre à moi, faite de voyages et de connaissances. Le monde sera-t-il assez grand pour satisfaire ma curiosité? Combien de siècle me faudra-t-il pour tout savoir? Quelle question! J'ai toute l'éternité devant moi !!!

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Chapitre 7

C’est ainsi que je suis devenue vampire !

A l'époque l'idée m'avait parue tentante, excitante. Je voulais être différente, je voulais que l'on me voit autrement, je voulais me sentir forte, plus sûre de moi. Je pensais qu'ainsi je n'aurais plus peur : plus peur de vivre, plus peur des autres, plus peur de me défendre. Je voulais changer.

Les vampires m'avaient toujours attirée. C'était ma passion, l'unique objet de mon intérêt. Pourtant je n'y croyais pas, comme je l’ai si bien dit, pour moi ils n'avaient jamais existé, mon engouement était purement littéraire, voire psychologique. Je me suis souvent demandé ce qui m'attirait tant chez eux : était-ce le fait qu'ils avaient vaincu la mort (si l'on peut dire car à mon avis il ne s'agit que d'un sursis) ? Etait-ce parce qu'ils n'avaient aucune limite, aucune contrainte (si ce n'est le sang) ? Etait-ce parce qu'ils dégageaient une sensualité à rendre hystérique une nonne ? Je ne le savais pas. Maintenant c'est différent, j'ai eu tout le loisir de prendre du recul et j'ai compris ce qui m'attirait : nous avions un point commun, la solitude. Rien à voir avec la mort, la sensualité ou même le pouvoir. En fait, j'étais comme eux, corporellement semblable aux autres, mais totalement différente à l'intérieur.

Je ne me sentais pas comme mes congénères, insouciants, libres, sociables à l'excès, vivant presque en tribu. J'étais à part, toujours seule. Oh ! J'avais bien quelques amis mais ils n'étaient pas légions, on pouvait les compter sur les doigts d'une seule main : un, deux ! Je ne savais pas me lier aux autres, à ces gens qui m'entouraient, je ne savais pas être frivole et superficielle. Pourtant j'étais très gentille, un ange me disait-on quand j'étais petite, toujours à l'écoute, disponible, je remontais le moral comme personne. Les gens venaient vers moi quand ils avaient besoin d'aide, ils me faisaient confiance et j'étais là à chaque fois pour eux. Mais quand je n'allais pas, quand ils n'avaient pas besoin de moi ? Que se passait-il ? Rien, il n'y avait que moi pour me remonter le moral et cette solitude pour me tenir compagnie. On se sent d'autant plus seul quand on se sait différent, ça c'est la leçon que j'ai apprise de ma transformation.

Finalement, c'était ça le lien qui m'unissait aux vampires, cette pesante solitude, la certitude de la différence. J'avais beau être entourée de personnes aimables mais je ne me sentais pas en phase avec elles. J'en souffrais, j'en souffre encore.

Je croyais candidement qu'en changeant moi-même, les choses évolueraient. Je me suis trompée. Vlad m'avait prévenue, il avait vécu seul pendant deux siècles et ne l'avait pas supporté. Il avait perdu l'amour de sa vie ce qui rendait la chose moins aisée encore pour lui, moi je n'avais rien à perdre. Du moins, c'est ce que je pensais. Vlad me l'avait dit mais après tout quelle différence cela faisait. J'étais déjà si seule ! Et puis, il devait avoir d'autres vampires, ce n'est pas parce que lui ne les avait jamais rencontré que ce serait pareil pour moi.

Je n'étais pas très sûre de moi le jour où j'ai fait le choix de changer, mais ma décision était prise. Plusieurs années plus tard je me suis demandée pourquoi j'avais choisi l'éternité alors qu'une simple vie de mortel me semblait si lourde à porter ! Il faut croire que cela fait partie de mon caractère : contradictoire et paradoxale. J'avais donc troqué une vie mortelle de solitude contre une vie vampirique de solitude, le résultat était le même. Enfin, pas tout à fait car j'étais différente je m'en suis très vite rendue compte. Je devenais sensible au soleil, je ne sentais plus la faim comme auparavant, j'avais énormément envie de viande, je dormais peu, je récupérais très vite et ma force s'était accrue au fil des mois. Malgré tout cela j'ai réussi à continuer mes études, j'étais encore plus seule qu'avant entourée de tous ces mortels mais, curieusement, j'étais plus attachée à leur compagnie. Après mûre réflexion j'ai décidé de rester à l’école le plus longtemps possible et pas uniquement pour le diplôme, après tout à quoi m'aurait-il servi ? Je ne me voyais pas travailler dans un bureau, moi un vampire ! Je maîtrisais très mal tous les changements qui s'étaient opérés en moi, notamment au niveau de mon caractère. Ma colère se transformait vite en rage meurtrière. Vous imaginez ? A la moindre contrariété au travail j'aurais sauté au cou de mon collègue et ce n'est pas une façon de parler croyez-moi ! Non, l’école était le meilleur moyen pour moi de concilier ma vie et mes nouveaux pouvoirs.

Ce que Vlad m'avait dit était vrai, du moins en partie, mes sens s'étaient considérablement développés. Si je portais des lunettes maintenant c'était uniquement par coquetterie et pour passer inaperçue car mes yeux n'en avaient absolument pas besoin. Ma vue était excellente, perçante, je pouvais voir une mouche voler à 500 mètres, le moindre petit détail était enregistré, rien n'échappait à mon regard. Même chose pour l'ouïe. C'était amusant au début d'écouter des conversations, on pouvait apprendre certaines choses intéressantes, voire compromettantes. Malheureusement je n'avais pas le pouvoir de télépathie, je l'ai bien regretté.

Tout cela m'a un peu perturbé et les premiers temps je n'étais pas souvent présente en cours. Et puis les changements ne se sont pas arrêtés là, mon corps s'est transformé : la graisse a fondu, les muscles ont durci, ma poitrine s'est raffermie, mes yeux sont devenus très clairs, comme des yeux de serpent, mes dents se sont aiguisées et mes canines ont un peu poussé, enfin mes cheveux se sont fortifiés et se sont épaissis. C'était ahurissant de constater ce qui m'arrivait et je m'amusais à m'ausculter dans le miroir. Et oui, nous avons un reflet, déçu ? D'une année sur l'autre les gens ne me reconnaissaient plus et je dois dire que moi non plus.

J'ai été obligée de me cacher, de me rendre commune et banale (comme je l'étais avant) pour être tranquille. Prendre ce genre de mesures était devenu nécessaire, malheureusement avec mes sens en folie et un corps pareil cela ne s'est pas fait tout de suite et j'ai connu quelques déboires.

Je me souviens d'un soir en particulier (la première fois de toute), un gentil garçon m'avait invitée à sortir. J'étais alors en pleine mutation, mes sens me jouaient des tours, j'étais toute excitée. Ses intentions étaient claires vu la façon dont il me lorgnait. A la fin de la soirée il m'a emmené dans son appartement, j'étais au paroxysme de l'excitation, je me suis jetée sur lui, une soif de le mordre et de le vider de son sang prenant possession de moi, toutes canines dehors, je ne me contrôlais plus. Il a eu la peur de sa vie et son hurlement m'a fait reprendre mes esprits, je me suis enfuie par la fenêtre, et je ne l'ai jamais revu. Depuis cet événement je prends garde, non pas aux autres mais à moi car j'aurai pu tuer ce garçon. Je n'étais pas fière de ce qui s'était passé, j'étais horrifiée par la furie que j'avais lâchée, assoiffée de sang. Pourtant Vlad avait dit que je n'aurais pas besoin de sang, alors pourquoi cette soif ? Se serait-il trompé ? Avec le recul je me suis rendue compte que Vlad était un vampire à part, tout comme l'humain qu'il avait dû être. Peut-être n'avait-il jamais senti la soif, peut-être l'avait-il ignoré jusqu'à l'oublier complètement ou peut-être n'avait-il pas voulu me faire peur et m'avait-il menti. Je ne le saurais jamais, mais à ce moment là j'ai amèrement regretté sa mort. Pourquoi ne m'avait-il pas prévenu ? Pourquoi m'avoir menti ? Si je n'étais pas prête pour entendre ça, je n'étais pas prête pour devenir vampire.

Pendant des jours je ne suis pas sortie de chez moi. Comment vivre avec un tel monstre en moi ? J'ai cogité, réfléchi, tourné le problème dans tous les sens mais il restait le même. Je ne savais pas si cette soif était normale, habituelle, liée à mon état de vampire, une étape supplémentaire de ma transformation en somme, ou si elle était liée à mon état d'excitation. Je suis restée enfermée, ayant peur de sortir, coupée du monde des mortels pour réfléchir sur un problème dont je n'avais même pas la donne de départ ! C'était stupide, la meilleure chose à faire était de reprendre le cours de ma vie. Si cette soif de sang était normale je la ressentirais assez tôt et je serais fixée. Je suis donc retournée à l’école, décidant de ne pas réitérer l'aventure et prenant des mesures à cet effet. J'ai pu ainsi remarquer qu'en temps normal la soif ne se fait pas sentir. Par contre, lorsque je suis sous le coup d'une violente émotion comme l'excitation ou la colère, cette soif cherche à prendre le contrôle. Il a donc fallu que j'apprenne à me maîtriser. La colère est un sentiment humain banal qui peut devenir très dangereux chez le vampire. Si celui-ci est jeune ou s'il ne fait rien pour se contrôler sa colère peut lui faire commettre toutes sortes de folies aux conséquences des plus meurtrières. La première fois que je l'ai ressenti j'ai failli arracher la tête de mon professeur. Heureusement pour moi et pour lui, j'avais déjà commencé la relaxation suite à ce qui s'était passé et j'ai, à grand peine, réussi à me maîtriser. Mon professeur ne m'a plus jamais regardée de la même façon et j'ai toujours eu de bonnes notes par la suite. Mais j'aurai juré qu'il me craignait, ce qui serait logique tant il avait été terrorisé par la sauvagerie et l'éclat meurtrier de mon regard.

Au moment où la colère me submergeait j'ai eu soif, très soif, j'aurais pu lui ouvrir la gorge mais je ne l'ai pas fait. Je savais que mon regard avait un éclat métallique inhumain mais j'ai pu empêcher mes lèvres de se retrousser sur mes canines. Le pauvre, il en aurait eu une crise cardiaque. J'aurais pu me jeter sur lui si rapidement qu'il n'aurait pas eu me temps de se rendre compte que je lui enfonçais mes crocs dans la gorge et que je la déchiquetais en faisant jaillir des litres de sang.

Je dois avouer que j'ai mis du temps à m'accepter ainsi, sauvage et cruelle moi qui avait été le calme incarné. Et encore aujourd'hui je me demande si je l'ai vraiment accepté.

J'étais prise au dépourvu à chaque fois que la " diablesse " se manifestait, c'était très étrange, comme si cette chose attendait tapie là dans un coin et qu'elle sortait tel un diable de sa boîte quand l'envie lui en prenait. J'ai dû prendre mes distances avec les personnes que je côtoyais, certains l'ont bien pris, mettant cela sur le compte de mon excentricité (je suis une fille si bizarre), d'autres ne me l'ont pas pardonné mais quelle importance ? Je ne pouvais leur révéler la vérité ils m'auraient prise pour une folle et de toute façon ils ne comptaient pas tant que cela, ils n'étaient que des humains.

Le plus important était de contrôler ce qui m'arrivait, il était vital de gérer ma colère ou toute autre émotion susceptible de libérer la diablesse. Cela a pris du temps et n'a pas été une très bonne période pour moi. Tout y est passé : yoga, relaxation, méditation… si je n'avais rien fait je serais devenue une furie. J'ai vécu de sales moments avant de contrôler tout ça, des choses dont je ne suis pas fière. Je n'étais pas moi-même, enfin c'est ce dont j'essaie de me persuader car peut-être que cette diablesse fait partie de moi. Il m'arrive de me dire que c'est réellement moi, que cela a toujours été moi, que j'avais cette part sauvage et cruelle en moi bien avant la transformation, que c'est pour ça que je n'étais pas comme les autres et que devenir vampire l'a fait sortir. C'est angoissant de penser ça. D'autres fois je me dis que c'est le vampire qui me fait agir ainsi, qu'avec sa naissance est venue cette furie car c'est ça être un vampire. Avec ce genre de réflexion j'étais sur la mauvaise voie, je ne cherchais pas à lutter contre elle et j'ai commis des horreurs. Je sortais la nuit dans des endroits vraiment glauques, j'étais en chasse et je ne passais pas inaperçue. Imaginez une femme grande, très bien faite, sûre d'elle et de son pouvoir, le regard sauvage et provocant, les lèvres rouge-sang et vous aurez une idée des ravages que j'ai pu causer. Je ne saurais dire ce que je cherchais : le danger ? L'excitation ? Les deux ? Je me sentais forte, indestructible et affamée. Sans doute avais-je choisi ces endroits malfamés où ne traînaient que des criminels pour soulager ma conscience si j'en avais encore une. Plus d'un est parti rejoindre son créateur. Je savais ce que je faisais mais je n'en avais cure, rien n'aurait pu m'arrêter sinon une force supérieure à la mienne mais hormis un vampire qui aurait pu rivaliser avec moi ? Il m'arrivait de rentrer chez moi le sang de mes victimes dégoulinant encore sur mon menton. J'ai honte de le dire mais je me suis nourrie de sang, de sang humain. Je séduisais mes proies sans grande difficulté puis la furie se déchaînait et je n'avais plus rien de séduisant. Je ne me suis jamais vue en pleine action mais à voir le visage de ces malheureux je devais être d'une laideur insoutenable tant l'horreur et le dégoût y étaient dépeints. Ils croyaient avoir affaire à une nymphomane aux mœurs bizarre et ils découvraient l'inimaginable, ce que leur conscience se refusait à admettre, un monstre, une femme inhumaine aux yeux métalliques, avides, à la force surnaturelle et aux dents sans pitié. Eux qui flirtaient avec le danger, qui faisaient le mal, qui tuaient, volaient, violaient étaient morts de peur devant ma nature si peu commune. Ces criminels qui se vantaient de n'avoir peur de rien me suppliaient de ne pas les faire souffrir.

Je ne suis pas mauvaise vous savez, mais dans l'état dans lequel j'étais je ne pouvais accéder à leur requête. La Furie n'écoutait pas, ne pardonnait pas, n'abrégeait pas. Elle voulait du sang c'est tout, ce n'était même pas pour faire du mal, c'était pour avoir du sang, comme si c'était la seule chose qu'elle comprenne, qu'elle désire. Sous cette pseudo-identité j'ai commis des atrocités, je laissais derrière moi des cadavres la gorge béante ou la tête à moitié arrachée pour les premières victimes. Certains avaient le squelette fracassé, ils ne se sont pas tous laissé faire. Par la suite j'ai été plus prudente et discrète mais toujours aussi avide, je ne leur laissais pas une goutte.

Il devenait urgent de me calmer, à chaque fois que je mordais l'un de ces énergumènes je devenais le témoin de sa vie, je voyais ce qu'il avait fait : les meurtres, les vols, les viols, la prison, des choses insupportables. Quel choc lors de la première morsure, je m'en souviendrais toute ma longue vie ! Ce jour là, ou plutôt cette nuit là, je ne me maîtrisais absolument pas. Colère, frustration, désespoir, tout cela se battait en moi. J'avais senti la faim une première fois et ça avait été éprouvant. Je prenais conscience de ce que j'avais réellement fait, j'étais devenue un monstre, je n'avais plus rien d'humain. Certes, mes nouveaux pouvoirs me comblaient d'aise mais j'étais encore plus éloignée de mes congénères maintenant. J'étais seule, désespérée d'être ce que j'étais devenue. Ce n'était pas ce que j'avais prévu, devenir vampire devait m'aider à avoir confiance en moi et à me sentir forte. Pour ça c'est réussi, j'ai la force de dix hommes réunis, mais le reste je ne l'avais pas demandé. Vlad ne me l'avait pas dit, rien ne m'avait préparé à ce sentiment d'horreur, d'angoisse et de dégoût mêlé qui s'était emparé de moi. Je ne pouvais plus me regarder dans une glace, qui y aurais-je vu ? Moi ? Je ne me reconnaissais pas, j'avais tant changé, même mon regard n'était plus le mien me semblait-il. Je regrettais cette folie, je regrettais d'avoir fait ce choix. Je voulais changer mais ne pas devenir un monstre. Quel genre d'homme (ou de femme) aurait pu avoir envie de goûter au sang humain ? Un malade, c'est abominable ! Mais voilà, le détail qui avait son importance était que je n’étais plus humaine depuis quelques temps. Je ne faisais plus partie de cette espèce moralisante, aux règles si strictes. Elles ne s'appliquaient plus à moi, je pouvais faire ce que je voulais. En quoi serais-je condamnable ? Si je n'étais plus humaine, mon comportement ne devait plus l'être également.

Je me trompais, j'étais sur la mauvaise voie mais à ce moment là l'idée ne m'a pas parue idiote une seconde, elle était au contraire d'une logique implacable. C'est pourquoi j'ai attaqué un homme cette nuit là et que je l'ai vidé de son sang. Je n'ai pas pris le temps de sélectionner ma victime, j'ai choisi la première personne que j'ai croisé : un type anodin au regard fuyant. Ses yeux ont reflété une grande surprise et de l'envie quand il m'a vue. Je me suis dirigée vers lui d'une démarche chaloupée. Il avait du mal à parler tant il semblait étonné qu'une fille l'aborde. Je me suis approchée tout près, si près que je sentais son odeur désagréable. Je ne lui ai même pas laissé le temps de parler, j'ai souri, je sentais mes dents me faire mal et je les ai plantés directement dans son cou. J'y ai été un peu trop fort à vrai dire, je lui ai presque arraché la moitié de la gorge ! Le sang a giclé avec une force inouïe, m'inondant le visage. Il n'a pas poussé un râle, sans doute ne devait-il pas comprendre ce qui lui arrivait, c'était la même chose pour moi : dès que j'ai goûté son sang, des images ont frappé mon esprit. Je voyais ce type, ce qu'il avait fait. Pour ma première victime j'avais tiré le gros lot, j'avais choisi un sadique. La netteté des images était terrifiante, d'où pouvaient-elles provenir ? De son sang ? Je ne pouvais m'arrêter de boire, autant demander à un alcoolique de ne pas toucher au verre de vodka posé devant lui ! Je ne pouvais cesser de me nourrir, c'était…c'était bon et hallucinant, inquiétant à la fois. Je buvais, je me régalais et je voyais ce type torturer une fille morte de peur qui hurlait à n'en plus finir de douleur. Sur le coup j'ai bien cru que ma raison avait vacillé pour de bon. La vision était tellement horrible qu'elle avait eu raison de mon envie de sang. A peine avais-je lâché ma victime qu'elle s'est effondrée comme une poupée de chiffon, exactement comme la pauvre fille qu'il avait violé et torturé. J'étais contente qu'il soit mort, sinon je l'aurai achevé de mes mains.

Pourtant, je tremblais comme si j'avais la fièvre, je ne sentais plus la faim, ni la colère, ni la frustration, j'étais calme. Calme et horrifiée, je ne pouvais mettre un mot sur ce qui s'était produit. J'avais bu le sang d'un homme et j'avais aimé ça ! Vous vous rendez compte ? Et je trouvais ça tout à fait normal, c'était un bon moyen de chasser ces sentiments qui m'assaillaient sans relâche. Le problème c'était la vision. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Etait-ce le contact du sang qui était à l'origine de ce phénomène ? Goûter du sang n'est déjà pas normal en soi, quoi de plus naturel que cela s'accompagne d'un peu de paranormal ? Les vampires n'ont pas le pouvoir de télépathie, ils ne peuvent voir dans l'esprit des gens, ni entendre leurs pensées, en tout les cas c'est comme ça que cela marche pour moi. Peut-être que cette faculté nous est offerte quand nous suçons le sang d'un mortel ? Pouvoir de vampire ou pas cette chose était intolérable, je me serais bien passé de voir ça. Ce type, que je venais de tuer, était un vrai malade qui aimait faire souffrir les autres, surtout les filles qu'il ne pouvait avoir. Il leur faisait subir toutes sortes de sévices, des tortures auxquelles je n'aurais jamais pensé ! Finalement, lequel de nous deux était le monstre ? L'humain inhumain ou le vampire ? Il n'y avait pas une grande différence, j'estimais avoir fait une bonne chose, ce type ne nuirait plus à personne.

La vision me hanta plusieurs jours après ça. C'était une expérience des plus traumatisantes que je venais de vivre, j'ai eu du mal à revenir à la réalité si je peux dire, car quelle est la réalité pour un vampire ? Ce que j'avais fait était réel, la vision que j'avais eu aussi. Je revoyais le visage de sa victime figé d'horreur pour l'éternité. Je ne l'ai jamais oubliée. Pendant longtemps elle m'a servi d'excuse, à cause d'elle je me suis crue supérieure, je me suis investie juge et bourreau. Je ne m'en prenais qu'à des types qui avaient quelque chose à se reprocher : vol, viol, meurtre…Ils ne méritaient pas de vivre, ils étaient plus monstrueux que moi : leurs victimes étaient leurs congénères. Il n'y a pas de meurtre entre espèces, sauf chez les humains et cela les rendaient plus ignobles que moi. C'est ce que je pensais à l'époque, et au nom de cela j'ai commis des crimes atroces. J'ai eu des visions encore pire que la première et plus je mordais, plus j'avais des images d’ignominies humain et plus je mordais…Cela a duré un certain temps. Toute la journée je me contrôlais grâce au yoga et autres méthodes, je ne pouvais faire du mal à ces innocents que je côtoyais tous les jours, je ne le devais en aucun cas, mais le soir la Furie s'emparait de moi, guidait mes pas, mes pensées, mes actes et je devenais une " justicière " qui faisait payer les crimes dans le sang.

Le pire pour moi, maintenant, c'est que je n'en avais pas honte. Je ne me sentais pas coupable de tuer ces monstres, de boire leur sang, de leur arracher la tête, de leur broyer les os. J'étais déchaînée. Il fallait que je reprenne le contrôle : avec toutes ces visions dantesques j'allais vraiment sombrer dans la folie. Comment serais-je alors passé inaperçue la journée ? Comment me regarder dans le miroir après ça ? Ce n'était pas moi cette folle sanguinaire.

J'ai donc tout arrêté du jour au lendemain, je m'étais gavée de sang, tous les soirs, je rentrais chez moi parfois couverte des pieds à la tête de sang séché. Un jour, j'ai surpris mon reflet dans la glace : stupeur ! Je faisais peur à voir, les yeux écarquillés comme une droguée, les lèvres et le menton maculés de sang, la chemise éclaboussée…Je ne me suis pas reconnue, ce ne pouvait être moi ? Comment en étais-je arrivé là ? Mais qu'est-ce que j'avais fait ? Tout allait de travers, j'étais devenue un monstre et je me conduisais comme tel, je ne valais pas mieux que tous ces assassins que j'avais tué. Je ne voulais pas forcément leur causer la mort, juste boire leur sang mais inévitablement ils finissaient par mourir. Je ne réussissais jamais à m'arrêter à temps. A l’école j'étais l'ombre de moi-même, agressive, instable, combien de fois ai-je dû faire un violent effort pour ne pas laisser éclater ma colère ! Cela devenait trop dangereux pour moi, je devais me sevrer.

C'est ce que j'ai fait, dès la tombée de la nuit je m'attachais au mur afin de maîtriser la Furie, d'essayer de la contenir. Ca n'a pas été une partie de plaisir, loin de là ! Mais c'était nécessaire, vital même. J'hurlais comme une folle, comme si j'étais à l'agonie et plus d'une fois j'ai cru mourir. Il me fallait le sang, la Furie en avait besoin mais il était hors de question de lui donner ce qu'elle voulait, j'étais prête à me donner la mort si mon sevrage échouait. Heureusement pour moi je n'ai pas eu à le faire. Au fil des nuits je suis parvenue à contenir la Furie. La journée j'appliquais toutes les méthodes de relaxation et de gestion des sentiments, en devenant zen il me serait plus aisé de la vaincre, la nuit je restais attachée au mur et essayais de me détendre. Les premiers temps je me frappais, je me griffais mais rien n'y faisait car les chaînes étaient très solides. Je criais, hurlais, vociférais mais ma volonté était inébranlable (C'est un des traits de caractère que j'avais quand j'étais humaine : quand j'avais décidé quelque chose, rien ne me faisait changer d'avis). Je suis passée par de sales moments, je ne les souhaite pas à mon pire ennemi, mais au bout du compte j'ai réussi à la gérer. Je n'étais pas à l'abri pour autant, je savais me maîtriser sous le coup d'une émotion normale mais je ne savais pas ce qu'il en serait si l'émotion était trop forte. Je ne pouvais pas rester attachée toute la vie, cela avait duré assez longtemps comme cela, néanmoins j'étais prudente, je ne sortais plus le soir, inutile de tenter le diable car c'était à la tombée de la nuit que la Furie se réveillait. Au fil du temps elle ne se manifesta presque plus, j'ai failli avoir des rechutes mais en repensant au sevrage et à la torture que cela m'avait infligé je prenais le dessus sur moi.

Toute la colère et la frustration ne s'étaient pas envolées, elles étaient toujours là au fond de moi mais je ne les écoutais plus. Elles ne devaient plus prendre le contrôle.

Je n'étais plus humaine soit, j'étais différente soit, j'avais envie de sang, et bien soit mais je ne devais pas perdre ce qui me restait de moi, ce qui fait de moi ce que je suis : mon humanité. J'ai beau être un vampire, cela ne suffit pas à faire de moi un monstre. Je ne l'ai compris que trop tard. Par faiblesse ou inexpérience ou ce que vous voulez j'ai choisi de devenir un monstre. Parce que j'étais en colère, parce que Vlad m'avait menti, j'ai commis des atrocités, je savais que tôt ou tard je devrais le payer. Cela a été plus tôt que je ne l'aurais pensé…

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:. Il y a actuellement 2 commentaire(s) pour ce texte

Commentaire posté par: , le: 22/07/2008

Email du poster:

une histoire qui en vaut vraiment le coup d'étre lu. bon courage:)

Commentaire posté par: , le: 10/07/2008

Email du poster:

Coucou! J'ai vraiment beaucoup aimé cette histoire! que dire devant ton texte , il m'a laissé sans voix j'ai tout lus d'un coup et j'ai adoré , que dis je , j'ai , jai arhhhh je ne trouve pas mes mots , c'est telement waouhhh que je ne peut m'exprime , ton histoire est génial l'une des meilleur je dirais Bravo,bonne continuation!

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Texte écrit par Kawtar Moutami. Publié le 09/07/2008.
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