Un jeune guerrier s'aventure dans une mystérieuse forêt. Il y pourchasse une terrible bête et ne sortira pas de ce lieu avant de l'avoir trouvée.
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Sans un bruit, le guerrier à l’armure rutilante s’aventura un peu plus loin dans la forêt.
La brume matinale persistante alourdissait une atmosphère déjà bien sinistre. Les arbres aux formes torturées n’en tiraient que l’avantage d’être plus angoissants.
Toute son enfance, on n’avait eu de cesse de dire à l’explorateur que ce lieu était enchanté, maléfique. Mais lui n’en avait cure : ce n’étaient là que des histoires que l’on rabachait aux chères petites têtes blondes afin d’éviter qu’elles ne s’y perdent. En fait, on leur défendait formellement d’y pénétrer sous prétexte qu’il s’y passait soi-disant des événements anormaux.
Balivernes !
C’est donc avec un sourire ironique dignement affiché que le jeune homme bravait l’interdit séculaire. Voilà qui n’était en réalité qu’une bien belle façade qu’il tentait de maintenir, car au fond de lui une petite voix l’invitait à faire demi-tour. Cependant, en tant que guerrier – malgré son étonnante jeunesse – et fils de chef, il ne pouvait décemment pas se réduire à lui obéir. La marque des dragons qu’arborait fièrement son dos lui interdisait d’abandonner la traque qui l’avait mené en ces lieux. Il n’en sortirait donc pas avant d’avoir retrouvé la trace de ce qu’il cherchait.
Ainsi en décida-t-il, malgré son léger manque d’assurance.
Il s’immobilisa soudain. Le cœur battant, n’osant plus respirer, il se tourna vers l’est, où une nuée d’oiseaux venait de prendre bruyamment son envol.
Malgré la surprise et l’émergence d’une peur stérile – il devait bien l’admettre, ne serait-ce que pour lui-même –, l’homme ne dégaina pas. On lui avait appris à ne mettre la lame au clair qu’au dernier moment : garder l’épée au fourreau le plus longtemps possible permettait d’en préserver le fil. Son peuple avait beau forger avec une qualité encore inégalée, le temps passait inexorablement sur les œuvres et la rouille y déposait immanquablement sa marque – particulièrement avec une telle humidité ambiante. Les épées tenaient rarement plus de trois générations.
Refoulant une intuition tenace, le guerrier rassembla son courage, prit une longue inspiration et se précipita agilement à travers les arbres.
Silencieux comme un rapace, il donnait littéralement l’impression de voler au-dessus des racines. Il courait à une vitesse ahurissante, voire carrément dangereuse dans une forêt aussi dense où le moindre faux pas pouvait le placer face à l’un de ces géants de la forêt et le mettre à terre. Mais son long entraînement et son habileté naturelle lui permirent d’éviter tous les obstacles. Sans jamais perdre en vélocité, il écarta avec des mouvements précis les plus souples des branches qui encombraient son chemin, contourna les troncs et bondit par-dessus trous et congères.
Sur son passage fougueux, des animaux détalèrent ou s’envolèrent. Rompu aux meilleures techniques et pourvu du meilleur entraînement, le guerrier entendit même ceux qui rampèrent.
Puis, aveuglé par la soudaine clarté, il s’arrêta. Un étrange pressentiment le taraudait.
Il était à l’orée d’une que la brume avait du mal à déserter. Dans le ciel, il apercevait le disque blanc du soleil. Le sang battait dans ses tempes, ses muscles fourmillaient et la sueur commençaient à perler sur son front.
C’était ici. Il y avait quelque chose.
Il prit une profonde inspiration et la relâcha dans une longue exhalaison, comme on le lui avait appris. Malgré cela, il ne parvint à calmer son cœur que péniblement. Il lui fallut même bien plus de temps que ce qu’il aurait voulu, un temps pendant lequel il se savait vulnérable.
Il faisait calmement circuler l’air entre le nez et la bouche, emplissant les poumons. Alerte, il se concentrait sur les battements de son cœur et sur l’ensemble de ses sens.
Il exécuta un long tour complet sur lui-même, fouillant les bosquets du regard.
C’était bien ici que les oiseaux avaient pris leur essor.
La bête, elle, ne se trouvait pas loin. Il sentait son odeur, ressentait sa présence. Sa proximité ne faisait aucun doute.
Il eut tout à coup la certitude d’être observé et un frisson parcourut sa colonne vertébrale.
Le guerrier fit volte-face, le calme qui l’empêchait de perdre pied se réduisit rapidement à un lointain souvenir. Tous ses efforts de concentration se dilapidèrent soudain : à nouveau, sa respiration se fit haletante, ses muscles se raidirent et son cœur devint incontrôlable, cognant à tout rompre.
Des yeux redoutables étaient rivés sur lui sans qu’il ne parvienne à les débusquer. Il avait beau se tourner et se retourner, il sentait toujours le picotement particulier de ce regard angoissant posé sur sa nuque.
Inconsciemment, l’homme porta une main tremblante à la garde et fouilla encore les alentours d’un oeil nerveux. C’était bien par la peur qu’il se sentait envahi. On lui avait appris à ne pas la laisser prendre empire sur son esprit, mais il ne parvint même pas à se souvenir des techniques enseignées. Son corps tremblait maintenant, les sons étaient atténués par le battement qui ne cessait de s’amplifier dans ses tempes.
Soudain, une branche morte craqua derrière lui. Il se retourna en un éclair, faisant maladroitement jaillir son épée.
Trop tard.
Le dragon était déjà sur lui. Immense, puissant, rugissant, les yeux injectés de sang, des crocs de la taille d’un doigt. Le cri de la bête désarma le guerrier et l’envoya à terre. C’était tout à coup comme si le monde s’effondrait autour de lui.
Il ne pouvait pas faire autrement que sentir l’haleine fétide du monstre dont la tête démesurée se trouvait à quelques pouces à peine de la sienne.
La fabuleuse créature se redressa alors en vainqueur, déployant ses ailes, les muscles roulant sous ses écailles. Puis elle rugit sa victoire à la face du ciel tandis que le guerrier ramassait rapidement sa lame…
Et la remettait au fourreau.
– Tu as triché ! hurla-t-il de colère quand le grondement cessa enfin.
La bête retomba avec légèreté sur ses quatre pattes et replia ses ailes.
Plus calme, le jeune guerrier réitéra son accusation.
– Tu as triché.
Le dragon recula imperceptiblement la tête et s’offusqua d’un court grognement.
– Mouais.
C’était surtout contre lui-même qu’il était en colère évidemment, car il savait que c’était de sa faute : il aurait dû l’entendre arriver. Il avait perdu son sang-froid l’espace d’un instant, c’était la première fois que cela lui arrivait et il se trouvait dans l’incapacité d’expliquer pourquoi. Il se serait trouvé à la merci de n’importe quel ennemi.
Aussi ne savait-il pas vraiment en quoi le géant de la nature avait triché, mais c’était là une bonne excuse.
Il contourna donc l’énorme tête, non sans la gratifier d’une caresse.
– Allons jouer ailleurs. Je n’aime pas trop cet endroit.
Il escalada le large dos de son étrange ami et s’installa confortablement sur la selle. Puis tous deux s’envolèrent, ne laissant derrière eux qu’un nuage de poussière. Le jeune homme n’eut qu’un regard en arrière, c’était un étrange regard empli de crainte.
Que s’était-il passé dans ces bois ?
Enchanté ou pas, il préférait ne plus y retourner et ne parlerait certainement pas de son expérience.
Tapis dans l’ombre, des milliers de paires d’yeux regardèrent s’éloigner les étrangers, espérant avoir fait le nécessaire pour que ceux-ci ne viennent plus les importuner. Ils préféraient nettement qu’on croie la forêt maléfique.
Au moins auraient-ils une occasion de faire la fête ce soir.
:. Il y a actuellement 2 commentaire(s) pour ce texte
Commentaire posté par: , le: 28/06/2008
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très belle nouvelle Tachemaster.vraiment je te félicite.bonne continuation ^^
Commentaire posté par: Farrengast, le: 27/12/2007
Email du poster: farrengast@hotmail.fr
Salut Gallingham ! C'est celle-là la nouvelle dont il s'agit? J'aime beaucoup. Le style d'écriture et surtout la chute.
