La chronologie d'un jeune neurologue fasciné par la mémoire qui tente une expérience inédite: un voyage dans les profondeurs du cerveau humain.

Malheureuseùent, il va y découvrir certaines choses qui dépassent de loin sa compréhension, des choses qu'il n'aurait probablement pas voulu voir.

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17 Octobre 2026

Jack arpente les trottoirs de l’avenue principale, en compagnie de sa femme et d’un couple d’amis. Ce soir, la marche digestive qui leur permet de revenir à leurs voitures n’est pas de trop.

Il est plus de 23 heures, une demi-lune d’un blanc éclatant s’affiche dans un ciel constellé d’étoiles. Il s’agit d’une nuit magnifique, contrairement à la journée qui s’est écoulée. La chaussée n’a pas encore eu le temps de sécher entièrement et, sur l’asphalte, les pneus font un désagréable bruit de succion.

Cependant, une étrange sensation empêche Jack de profiter de cette nuit pourtant sereine. Il sent détaché du monde présent, comme s’il errait dans un rêve éveillé. Il ne sait comment expliquer état : il s’agit d’une intuition, un hurlement de ses tripes.

Tout à coup, il se rappelle des circonstances : ce ciel, cette odeur de souffre, la vapeur qui s’échappe des bouches d’égout, les lumières de l’avenue qui se réverbèrent sur les flaques.

S’il ne fait pas erreur, une voiture blanche devrait déboucher au coin de la rue, passer en trombe près du trottoir pour éclabousser leurs jambes.

La voilà justement qui arrive, exactement comme il l’avait prévu. Jack regarde donc avec un œil ahuri l’inévitable gerbe d’eau balayer son pantalon. Tel un vieux rêve qui devient réalité.

Puis la réalité vire au cauchemar.

Depuis longtemps, il attendait ce moment maudit. Il savait bien que cela arriverait un jour, mais il n’y était pas vraiment préparé. Comment un homme pourrait-il se préparer à ça ?

Serait-il possible d’empêcher l’inéluctable et de changer le cours des événements ? Serait-il possible de réécrire les pages du destin en influençant le cours de la vie ?

Jamais auparavant il n’avait songé à en arriver à de telles extrémités.

Peut-être cela serait-il possible après tout ? Est-on vraiment maître de sa propre destinée ?

Possible ou pas, il devait tenter le tout pour le tout.

C’est donc horrifié qu’il se retourne lentement, une idée derrière la tête.

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6 Avril 1998

La plupart des jeunes étudiants qui assistaient à la conférence du troisième niveau de la faculté de médecine trompaient leur ennui en bavardant à voix basse ou en dessinant sur des feuilles déjà noires d’esquisses pas toujours réussies, tandis que certains dormaient. Rares, finalement, étaient ceux qui parvenaient à suivre le discours du jeune docteur spécialiste en neurologie. Et ce, malgré un exposé pourtant complet et passionné sur l’exploitation du cerveau humain.

Sur l’écran apparut la coupe 3D d’un cerveau humain qui devait donner fin à la conférence. Une conclusion visuelle qui fut accompagnée de ces derniers mots :

– Souvenez-vous que le cerveau humain demeure en grande partie inexploré. Nous ne connaissons pour ainsi dire rien sur la neurologie, nous n’en sommes qu’aux balbutiements. C’est pour cette raison qu’elle demeurera encore longtemps une science pleine de secrets que l’homme parviendra peut-être un jour à percer. Rappelez-vous cependant que nous n’exploitons même pas dix pour cent de notre potentiel cérébral et que personne ne saurait dire à l’heure qu’il est ce qu’il adviendrait si nous étions capables d’en utiliser la totalité, voire ne serait-ce que la moitié ?

Le docteur Adams lança un : « Mesdames, messieurs, la conférence est terminée, je vous souhaite bonne chance pour vos examens finaux. » Puis il rassembla ses affaires et sortit de la salle, se fondant parfaitement dans la foule des étudiants.

Il était qualifié de génie par la majorité de ses connaissances. Ils avaient peut-être raison, parce qu’à 25 ans il était déjà neurologue. Il étoffait des théories complexes sur le potentiel humain, les ressources cachées de l’humanité. Il travaillait particulièrement sur une théorie qu’il rêvait de mettre un jour en application, mais, n’ayant pas encore travaillé suffisamment dessus, il ne s’en était ouvert à personne.

Tout en pensant à cela, le jeune spécialiste suivit les indications qui le menèrent au restaurant universitaire. Après son repas, il retournerait à l’hôpital pour terminer sa journée.

– Docteur Adams ? interrogea une voix féminine.

Jack leva les yeux de son plateau et aperçut ce qui devait être une étudiante. Un sac à bandoulière aux couleurs délavées pendait sur sa droite.

– J’étais à votre conférence, dit-elle en dégageant d’un geste du bras une mèche de cheveux qui lui barrait le front, et je l’ai trouvée très intéressante.

– Quelqu’un a donc écouté ce que je disais, rétorqua le professeur avec un sourire ironique.

Elle eut elle aussi un petit sourire, mais ce sourire là aurait fait fondre un iceberg. Le docteur Jack Adams avait beau être un génie, il n’en était pas moins humain.

– Oui. Vous savez, tout le monde révise. Les exams sont dans pas longtemps et…

– Il faut l’avoir. Je comprends très bien. Je suis passé par là moi aussi.

– Justement, pardonnez ma curiosité, mais depuis combien de temps exercez-vous ? Enfin, en temps que neurologue, précisa-t-elle.

– C’est pardonné. Vous devez me trouver un peu jeune pour ce métier.

Elle ne répondit pas, se contentant de le regarder avec un petit sourire.

– J’exerce depuis le mois de Septembre.

Il voulut rajouter : « j’ai 25 ans et je ne suis pas marié », mais n’en fit rien.

– Annie, l’appela son amie.

Elle se retourna, fit un signe à l’importune, lança un : « je vous remercie docteur » ¬– sans oublier le sourire – et reprit sa place dans la file d’attente, où elle raconta sûrement la discussion qu’elle venait d’avoir et ce qu’elle avait pensé de son interlocuteur.

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10 Décembre 2006

Depuis qu’il avait présenté son projet aux membres du conseil, Jack n’avait pu qu’avaler rapidement un maigre sandwich. Visiblement nerveux, il ne comptait plus les gobelets de café qu’il avait vidés tout en arpentant vigoureusement le couloir. S’il avait été fumeur, il aurait certainement déjà englouti un paquet.

Cela faisait plus de quatre heures qu’il avait fait son introduction, un discours qu’il avait préparé des mois durant. Quatre heures que le conseil délibérait, quatre heures de supplice. Un temps qu’il avait finalement pu mettre à profit pour réfléchir à ce laïus, assez pour se persuader qu’il avait omis de nombreux éléments essentiels ; malgré la documentation fournie qu’il leur avait laissées et les nombreux résultats d’expérience prometteurs, malgré les perspectives d’avenir et les possibilités du projet.

Quatre heures. Cela ne devait pas être si normal que ça.

¬– Viens t’asseoir, invita Annie.

Heureusement qu’elle était là. Ils étaient mariés depuis deux ans et elle l’avait toujours soutenu dans ses choix. Jack avait découvert en elle une femme ouverte et toujours présente lors des moments de doute, comme ce soir. Elle était son pilier, la personne pleine d’assurance sur laquelle il pourrait toujours s’appuyer. Sans elle, il n’aurait probablement pas eu le courage d’aller jusque là, même après avoir si durement travaillé. Il savait qu’il pourrait encore compter sur elle.

Jack se laissa donc tomber sur le banc à côté de sa femme. Elle posa aussitôt une main affectueuse sur sa cuisse et glissa l’autre dans son dos. Comme elle se pressait tout contre lui, le docteur s’enivra de la douce odeur de ses cheveux.

– Ils ne vont pas croire en moi, se plaignit-il soudain.

– Tu as fait tout ce qu’il faut pour réussir, Jack. Tes résultats sont excellents. Ils ne peuvent que te l’accorder.

Ces résultats justement. Elle ne le savait pas, mais ils étaient faux. Jack n’avait jamais osé lui avouer qu’il les avait manipulés, personne n’était dans la confidence. Ce qu’il avait dû faire, il n’en était pas fier, mais il lui avait été impossible d’obtenir quelque chose d’aussi probant avec le temps et le matériel qu’il avait.

Si seulement cela pouvait l’aider à toucher les fonds nécessaires, alors son intégrité ne serait pas salie pour rien. Il promettait de ne plus rien fausser après cela.

Ce qu’il avait fait ne devait jamais être découvert, surtout pas par sa femme.

Il y eut soudain un grand bruit dans la salle de conseil. Jack Adams sentit bondir son cœur et sa femme ne put le retenir près d’elle. Debout, immobilisé par le stress, il attendit que la porte s’ouvrît.

Les hommes sortirent en silence l’un après l’autre. Un seul d’entre eux prit les devants et fit face au docteur en affichant une moue condescendante.

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25 Mars 2007

Depuis ce fameux soir, il n’y avait pas eu un jour sans qu’il ne pensât à son échec. La façon dont cela s’était passé hantait ses nuits.

Son projet avait été condamné par le conseil. Mort et enterré, il ne verrait jamais le jour. Un rêve qui s’effondrait.

Il avait pourtant déployé tout son talent de persuasion pour convaincre ses jurés que son entreprise était la meilleure. Même ses tricheries n’avaient servi à rien. En plus de sa réputation – car il ne manquerait pas d’être la risée de la profession –, il avait perdu son intégrité. Même si personne ne le savait, lui était au courant.

Après son passage au conseil, il avait failli sombrer dans la dépression. Heureusement, Annie avait été là, encore et toujours.

Il s’enfonça dans son fauteuil et fixa un point devant lui. Qu’allait-il faire maintenant qu’il n’avait plus rien ?

Perdu dans son monde, il ne réagit pas assez vivement pour saisir le téléphone abandonné dans la poche de sa veste et décrocher. Ce n’était pas si grave, se dit-il en découvrant que le numéro de l’appelant n’était pas affiché, il n’avait pas tellement envie de parler.

Dans sa main, le téléphona joua à nouveau les premières notes du Parrain. Un numéro masqué, probablement la même personne qui insistait. Jack hésita longuement, la perspective de parler à un inconnu ne l’emballait vraiment. Finalement, il prit la communication et plaqua l’appareil contre son oreille.

– Allo ?

– Docteur Adams ?

– Oui.

– Nous avons une offre à vous faire.

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2010

Cela faisait maintenant trois ans qu’ils travaillaient d’arrache-pied sur cette machine. Depuis l’étonnant appel qu’il avait reçu ce fameux jour, les événements s’étaient précipités. Un investisseur privé avait décidé d’engager ses fonds dans le projet du docteur Adams. Comment il avait été au courant de cela ne regardait personne.

Cette histoire avait l’occasion de longs débats entre les époux Adams. Qui était-il ? Pourquoi voulait-il investir ? Jack ne le savait pas et cela inquiétait sa femme, mais la proposait était là et il aurait été bête de ne pas en profiter. Après tout, c’était un nouvel espoir de faire avancer la science d’un pas de géant. Et tant pis si personne ne savait ce qui se cachait derrière cet argent les raisons qui l’avaient mené là.

La mise au point de l’électronique et du programme informatique avaient donc demandé beaucoup de temps et de travail. Des ingénieurs payés par le mécène en avaient élaboré des plans compliqués et concocté des programmes purgés de tout bogue.

Directement en contact avec le cerveau humain, le programme devait fonctionner parfaitement pour ne causer aucune lésion dans le centre du système nerveux. Cela était un risque, malheureusement : une mauvaise impulsion électrique déclenchée au mauvais moment pouvait à coup sûr mettre hors circuit une partie des fonctions cérébrales. Et l’on pouvait hériter de séquelles irréversibles plus ou moins graves.

Les programmes avaient été l’objet de minutieux tests. On en avait éliminé toutes les incompatibilités. Bien sûr, on n’était pas l’abri d’un accident, comme dans toute expérience, mais on était tombé à des taux de probabilités très bas.

Durant ces années, on avait aussi mené de coûteuses études sur le comportement biochimique et électrique du cerveau lors des différentes phases de sommeil, en particulier lors de la phase de sommeil paradoxal. Des études qui se rajoutaient à celles qu’avait déjà réalisées le docteur Adams. Sans elles, la machine n’aurait probablement jamais pu voir le jour, car le sommeil constituait le point déterminant de la réussite du projet.

Le 24 Octobre 2006, on sabra dignement le champagne. La machinerie complexe du labo 3 avait passé avec succès toutes les phases de test.

Deux semaines plus tard, après une nouvelle batterie de tests, on procéda au premier véritable essai de la machine. Après toutes les simulations effectuées, Jack lui-même fit le cobaye, au nom de la science.

– Tu sais bien que cette machine fait partie de ma vie. C’est moi qui suis à son origine. C’est moi qui ai effectué les premiers travaux et les premières études.

– Tu es sûr que c’est cela que tu veux ? J’ai peur, Jack. S’il t’arrivait quelque chose, qu’est-ce que je deviendrais ?

Elle était aussi belle que le jour de leur rencontre dans cette faculté de médecine, douze ans auparavant. Elle avait été fabuleuse le jour de leur mariage. Il n’avait jamais regretté le jour où il lui avait demandé sa main. Il l’aimait toujours autant depuis ce jour-là et la réciproque semblait être vérifiée, une telle inquiétude n’était-elle pas une véritable preuve d’amour ?

– Il ne m’arrivera rien, je te le promets.

Il lui prit tendrement les mains et la regarda droit dans les yeux. D’un revers de la main, il caressa la joue de sa femme et effaça la larme qui s’était échappée de son œil.

– Tu sais, continua-t-il, j’ai besoin de toi. Tu es la seule personne en qui j’ai vraiment confiance. Si tu vois le moindre problème, ramène-moi. En tous les cas, je n’y resterait pas plus de cinq minutes.

Ils s’embrassèrent tendrement.

– Bonne chance, dit-elle.

Quelques minutes plus tard, le premier essai grandeur nature commença. Le premier essai sur un cobaye humain, le docteur Jack Adams qui était le premier à avoir imaginé ce projet.

Il s’installa donc confortablement au fond du fauteuil. Après de menus réglages sans grandes importances, on lui plaça le casque à électrode sur la tête. Puis on injecta dans son cou une substance pour le préparer à l’expérience à l’aide d’un pistolet à air comprimé.

Les ingénieurs se placèrent chacun derrière leurs instruments tandis qu’Annie, en bonne professionnelle, supervisait déjà les paramètres physiologiques de son époux.

– Annie, souffla-t-il pendant que le système initialisait la procédure.

Il s’endormit sans dire quoi que ce fût. Annie sourit avec amour tandis que les sédatifs l’emportaient dans un sommeil médicamenteux. Puis elle se rapprochant tout en gardant un œil sur les appareils et serra sa main.

Initialisé, le système envoya les premières impulsions électriques qui affluèrent dans le cerveau de Jack ; des informations extérieures que le système nerveux traitait comme si elles venaient de lui.

En seize minutes, Annie nota que le cobaye qu’il entrait dans sa phase de sommeil paradoxal, l’EEG et les mouvements oculaires rapides ne trompaient pas. Le système, de son côté, réagit à cette information en fonction de sa programmation.

C’était ici que tout devait se jouer. Derrière leurs machines, les ingénieurs et les docteurs transpiraient, espérant que tout marcherait comme prévu. Ils n’avaient tout de même pas passé ces trois années à travailler pour un échec.

Puis, comme convenu, après cinq minutes de sommeil paradoxal, Annie réveilla Jack par des stimuli nerveux.

Au réveil, il se sentit un peu dans le vague, comme l’on se sent lorsque l’on est réveillé en plein rêve.

– Tout va bien ? lui demanda-t-elle en lui ôtant le casque.

– Oui, oui. Ca va.

– Alors ? Ca a marché ? lui demanda l’un des ingénieurs, tout excité par cette expérience inédite.

– Je ne sais pas encore. Nous allons devoir analyser les résultats.

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Article paru dans le journal de la science, Mars 2014

Tout le monde sait que c’est dans la marche normal du temps : un événement se produit puis on en garde des les souvenirs. On les stocke tels quels dans le cerveau. Selon la situation vécue, on a le pouvoir de les restituer plus ou moins fidèlement. Parfois, c’est le blocage total : l’esprit tente de faire oublier au cerveau une expérience jugée trop traumatisante, parce que le souvenir peut faire mal. Dans ces cas-là, on sait que le souvenir n’est pas perdu, c’est seulement qu’il a été rangé dans des zones cérébrales dont les portes ont été fermées à double tour. Souvent, on recourt à des séances d’hypnose qui parviennent parfois à déverrouiller l’accès au souvenir. Le rêve, lui aussi, peut être la cause de l’émergence de ce souvenir.

Imaginons maintenant que les choses s’inversent, juste un court instant, et que l’on se souvienne, non pas de ce qui est arrivé, mais… de ce qui va arriver. Cela arrive à certaines personnes, on les appelle des voyants, il est vrai que ce sont bien souvent des charlatans. Mais essayez de vous rappeler. Il vous est sûrement arrivé au moins une fois d’avoir cette impression de déjà vu, de revivre exactement un événement vécu auparavant, dans les moindres détails. Cependant, vous n’avez que le vague souvenir de l’avoir déjà vécu. Cet événement vous ne l’aviez pas réellement vécu, vous vous en souvenez, en fait vous l’aviez rêvé : un rêve prémonitoire.

Vous vous êtes en réalité souvenu de ce qui allait arriver.

J’avoue que c’est un concept étrange, dur à assimiler, mais c’est tout à fait possible : les rêves prémonitoires existent réellement, mais on ne peut les contrôler. Ils arrivent comme ça sans prévenir puis on les oublie comme on oublie un rêve. Jusqu’à ce que l’on se retrouve face à cette situation dans la réalité et l’on se dit : « Ca, je l’ai déjà fait, je l’ai déjà vu, je l’ai déjà pensé. »

Comment peut-on expliquer cela ? Commençons par expliquer un rêve tout ce qu’il y a de plus normal. Les pièces d’un rêve ne sont jamais inventées. Ce dont nous rêvons n’est jamais imaginé par le cerveau. Il pioche des souvenirs ici ou là et effectue son propre mélange. Il est souvent totalement farfelu, mais toutes les pièces de ce puzzle imaginaire font partie intégrante de nos souvenirs.

La moindre personne, le moindre lieu… tout cela est déjà connu. L’endroit a peut-être été vu à la télévision, et la personne croisée à un coin de rue. Tout ce nous voyons s’inscrit dans une partie de notre cerveau. La plus insignifiante information peut jaillir pendant ce que nous appelons la phase de sommeil paradoxal.

Maintenant, penchons-nous sur le cas qui nous intéresse : le rêve prémonitoire. Comment arrive-t-il ? Dans quelles circonstances et à quel moment ? Commençons par répondre à la dernière question : il apparaît lui aussi durant la phase de sommeil paradoxal.

Pour ce qui est du reste, disons que c’est une mauvaise pioche opérée par le cerveau. Je m’explique, au lieu de choisir des événements passés, le cerveau choisit des événements qui n’ont pas encore eu lieu. Et si celui-ci prend uniquement des souvenirs, alors c’est certainement parce que ces souvenirs à venir sont déjà inscrits dans le cerveau.

Une croyance populaire dit qu’à la naissance un ange passe pour nous raconter notre vie. Le creux qui se trouve au-dessus de la bouche s’expliquerait par le fait que l’ange aurait posé son doigt dessus pour nous faire taire. Ce qui reviendrait à dire que notre vie nous a été entièrement révélée avant de naître et qu’on nous a fait oublier ces révélations.

Après ce qui a été expliqué plus haut, disons que les souvenirs ont été rangés dans nos cases mémoires enfermées à clé. Le rêve prémonitoire ouvre ces portes et nous laisse entrevoir des morceaux d’une existence que nous n’avons pas encore vécue.

En fouillant notre mémoire, nous avons découvert que ce futur existait : il est rangé dans l’une des zones inexplorées du cerveau et nous est livré sur des erreurs d’aiguillage. Souvenez-vous que notre connaissance de ce dernier n’en est qu’à ses balbutiements.

Notre expérience nous permis de provoquer ces fameuses erreurs d’aiguillage qui nous permettront de consulter ce futur qui nous appartient.

Docteur Jack Adams.

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Juin 2014

– Vous n’avez pas le droit ! Est-ce que vous vous rendez seulement compte de ce que vous faites ? Dieu nous a livré un grand secret. Et un secret n’est pas destiné à être révélé.

Jack regarda l’homme dont le col blanc indiquait qu’il était un prêtre. Pourquoi avait-il accepté de participer à cette émission ?

– Ecoutez… commença-t-il avant d’être coupé.

– Nous n’avons pas le droit de révéler les secrets de la vie. Nous n’avons pas le droit d’avoir accès à cette vérité, à notre destin.

– Alors, si nous n’avons pas le droit… pourquoi les avons-nous en nous ?

Le prêtre se leva, mais le présentateur lança un intermède publicitaire sur ces mots :

– Holà là ! Ca commence à chauffer Mesdames, Messieurs. Ne nous quittez pas et retrouvez-nous, toujours sur canalweb.net en compagnie de nos invités pour reprendre ce débat, après une annonce de nos sponsors.

Les millions d’internautes qui suivaient à travers le monde le débat en direct eurent droit aux écrans publicitaires. Ils vantaient les mérites de différents produits à grand renfort d’humour rarement marrant ou d’exposé scientifique ; dans ce combat, c’était à chacun sa méthode.

Au signal, Franck Rolland, le présentateur, reprit l’antenne.

– De retour sur l’émission Mon mot à dire. Nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Jack Adams, le docteur Jack Adams. Si l’homme a toujours rêvé de voyager dans le futur, notre invité, lui, prétend être capable de voir le sien. Certaines personnes sur le plateau semblent ne pas être d’accord avec les progrès accomplis par le docteur Adams. N’est-ce pas, Monseigneur ? Si maintenant nous pouvions reprendre la discussion là où elle s’est arrêtée tout à l’heure ?

Ce qu’il ne rendit pas public ce fut la façon dont les choses s’étaient envenimées pendant la coupure publicitaire.

– Docteur Adams, attaqua l’homme d’église avant que l’intéressé n’eût pu ouvrir la bouche, n’avez-vous jamais entendu parler de déontologie ?

– Je ne vois pas le rapport, ce n’est pas comme si je faisais des manipulations génétiques tout de même.

– Vous manipulez le cerveau humain et, ce qui est plus grave, vous trahissez la confiance que Dieu nous a donnée.

– Si c’est vraiment Dieu qui nous a légué ces morceaux de futur…

– Qui voulez-vous que ce soit d’autre ? le coupa le prêtre.

– … Alors, reprit Jack sans relever, pourquoi ne pouvons-nous pas le consulter ? C’est notre avenir, il nous appartient.

– Je ne pense pas que vous vous rendiez compte de la machine que vous avez lancée.

– Messieurs, Messieurs, intervint le présentateur vedette du canal internet, nous avons tout de suite une nouvelle question pertinente d’un internaute. Une question pour le docteur Adams, lut-il sur le prompteur. « Docteur Adams. Votre théorie a-t-elle été vérifiée par vos expériences ? Si oui, après avoir vu votre avenir, avez-vous déjà tenté de le changer ? »

Le réalisateur fit un gros plan sur Jack qui prit un court instant de réflexion.

– Vous savez, dit-il en regardant le présentateur, cette théorie est tout de même assez complexe. Elle met en jeu des mécanismes cérébraux, exploite des zones encore méconnues, mais nous avons pu la valider dans une certaine mesure…

– Dans une certaine mesure ? répéta Franck.

– Oui. En fait, plusieurs tests ont été couronnés de succès, mais il nous faut encore procéder à d’autres tests pour la valider réellement.

– Donc, des tests ont fonctionné… Mais avez-vous utilisé votre machine ?

– Oui, je suis d’ailleurs le seul à l’utiliser.

– Donc vous avez vu le futur. Avez-vous tenté de le modifier ?

– Non, bien sûr. Avez-vous déjà tenté de modifier votre passé ?

– Non, sourit le présentateur en fixant professionnellement l’objectif puis en consultant le taux d’audience actuel. Non, je n’ai jamais tenté.

– Simplement parce que nous ne pouvons modifier notre passé. Le voyage dans le temps n’a pas encore été inventé. Nous ne pouvons pas modifier notre passé et ne pouvons pas modifier les souvenirs qui s’y rapportent, seulement les pervertir par des mécanismes dus à notre esprit. Comprenez bien que ce que nous pouvons voir au cours du rêve prémonitoire, ce sont des souvenirs.

– Oui, c’est vrai, lâcha Rolland. Des souvenirs d’événements qui n’ont pas encore eu lieu. C’est ça qui est difficile à appréhender dans votre théorie. Ca voudrait dire que les événements sont déjà écrits.

– C’est le Destin, intervint avec véhémence l’homme d’église. Comment pouvez-vous croire au Destin sans croire en Dieu ? s’emporta-t-il. Dieu créa l’univers. Dieu créa la Terre. Dieu créa la nature, l’homme et la femme. Puis Il créa le Destin.

– Je ne crois pas en tout cela, répondit Jack. Vous me trouverez peut-être pragmatique mais je crois en ce que je vois. Et, pour l’instant, Dieu ne m’a pas prouvé son existence. Alors que ce que vous appelez Destin, je l’ai vu, du moins en partie. Il s’agit là de nos souvenirs. Les souvenirs nous appartiennent et libre à nous de nous en servir, de les ramener à notre mémoire.

– Mais vous parlez là de souvenirs du futur, reprit le présentateur.

– Exactement.

– Comment l’expliquez-vous alors ? Dans un article, vous vous référez à un ange qui viendrait à notre naissance nous conter l’histoire de notre vie.

– Un envoyé de Dieu ! précisa le prêtre qui avait décidément de la suite dans les idées.

– Ce n’est qu’une histoire que l’on raconte aux enfants. Tout ce que je sais, c’est que nos souvenirs sont là, dit-il en pointant le doigt sur son crâne.

– Et donc nous ne pouvons intervenir sur les événements à venir, reprit le présentateur.

– Qu’ils soient passés ou à venir, nos souvenirs ne peuvent être changés. Et si nous ne pouvons changer nos souvenirs, c’est tout simplement parce que les événements référents ne peuvent être modifiés. Non, nous ne pouvons pas intervenir sur notre futur. Et non, je n’ai jamais tenté de le faire. Imaginez les conséquences que cela pourrait avoir. C’est comme si… vous remontiez le temps pour modifier un événement de la vie, cela aurait des répercutions incontrôlables sur tout ce qui advient par la suite. Prenons l’exemple d’un cours d’eau, une rivière qui s’écoule normalement d’amont en aval. Maintenant, placez un obstacle en un point donné de la rivière : l’écoulement va en être aussitôt modifié, le flux va s’adapter au changement de configuration. Par votre action, vous allez peut-être créer des perturbations ou en réparer. Mais une chose est sûre, ce qui arrivera en aval sera différent de ce qui s’y passait avant que l’obstacle ne soit mis.

Rolland écoutait attentivement ce que disait son invité, essayant d’extraire la substance de son raisonnement. Derrière leurs écrans de télévision reliés au Réseau, la plupart des internautes étaient dans le même état d’esprit, certains faisant de cette théorie leur façon de penser, d’autres réfutant avec force le raisonnement.

– Maintenant, continua Jack après une courte pause qui laissa le temps à tout le monde de bien apprécier son raisonnement, imaginez que cette rivière représente le temps. En amont : le passé, en aval : le futur. Notre monde s’écoule avec ce cours d’eau. Si un homme est capable de sortir de ce cours d’eau, de remonter le long de la rive et de placer un obstacle en un point donné – donc de modifier un événement de notre passé –, nous remarquons, comme tout à l’heure, que la configuration du cours d’eau change, notre monde change. Il est radicalement différent.

« Laissez-moi vous raconter une histoire, l’histoire d’un marchand de tapis arabe qui visite les marchés de Djeddah. En déambulant au milieu des étals, aperçoit soudain une silhouette élancée et encapuchonnée. Dans ses mains, elle tient une faux. Elle pointe alors un doigt osseux vers un homme. Ce dernier tombe instantanément. Son œuvre accomplie, la Grande Faucheuse se retourne, remarque le vieux marchand qui la regarde d’un air inquiet et lui fait un signe de la main. L’homme décide aussitôt de fuir : il saute sur son cheval et galope vers l’est jusqu’à épuisement de sa monture. Le soir venu, le vieil homme est à La Mecque. Alors qu’il cherche une chambre pour passer la nuit, il se retrouve tout à coup nez à nez avec la Mort. Il en est tellement proche cette fois-ci qu’il peut voir son visage squelettique et les trous de ses orbites. “ Ton heure est venue ”, lui annonce-t-elle. Le vieil arabe s’apitoie sur son sort : il pensait bel et bien lui avoir échappé ce matin-là sur au marché. La Mort lui répond qu’elle n’était pas venue pour lui alors. L’homme lui demande pourquoi elle lui avait ce signe de la main. “ C’est simplement que j’étais surprise de te voir là-bas ce matin, parce que je savais très bien que, quoi qu’il arrive, nous avions rendez-vous ici ce soir. ”

A la fin de cette petite histoire, Franck Rolland poussa une s’exclamation, impressionné.

– Voila qui conclut donc notre émission, annonça-t-il en rendant l’antenne sans oublier de remercier ses invités et de donner rendez-vous à ses spectateurs la semaine suivante à la même heure.

Jack, quant à lui, prit conscience qu’il venait probablement de se mettre à dos l’église catholique.

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Juillet 2014

Combien de temps encore cette mascarade allait-elle durer ? Jack ne pouvait plus sortir sans être la cible d’injures. Elles étaient proférées par des militants qui se disaient défenseurs de l’église catholique malgré les propos désapprobateurs à l’encontre de leurs actions. Le docteur avait connu des cas où les paroles s’étaient transformées en échanges de coups. Son visage portait la preuve de ces violences. Il avait même reçu des menaces sur sa messagerie électronique, mais n’en avait pas parler à Annie de peur de l’inquiéter ; de toute façon, il ne prenait pas ces menaces au sérieux.

Pour l’heure, aidé par des agents de sécurité des laboratoires privés, il tentait de fendre la cohue qui s’était rassemblée à l’entrée du bâtiment. L’attroupement s’était formé pour répondre à un appel à la manifestation lancé la veille par un groupe qui entendait obliger les médecins à respecter l’éthique. De fait, ils mettaient Jack dans le même panier que ces apprentis sorciers qui laissaient parfois aller leur imagination pour essayer d’améliorer certaines des créations de la nature. A ses côtés se trouvaient sa femme et l’équipe d’ingénieurs informaticiens et électroniciens formée depuis maintenant sept ans.

« Enfoirés ! », « Arrêtez de manipuler le cerveau humain ! », « Vos expériences détruisent l’œuvre de Dieu ! »…

Tels étaient les slogans qui lui étaient servis ce jour-là. Certains étaient bien plus virulents, d’autres beaucoup moins.

Enfin, ils atteignirent le véhicule mis à leur disposition. Les six membres de l’équipe s’assirent l’un en face de l’autre sur les sièges du minibus et s’observèrent, non mécontents d’être parvenus jusque-là sans casse. Le moteur électrique était déjà en route et le chauffeur n’eut qu’à appuyer sur l’accélérateur pour les emmener loin des manifestants.

– Tout le monde va bien ? demanda Jack.

Tous firent un signe de tête affirmatif. La lassitude se lisait sur leurs traits.

– Tu sais, Jack, lança Henri, l’un des informaticiens qui était devenu un véritable ami pour l’intéressé, je crois que nous commençons à devenir célèbre.

– Cette célébrité là… commença l’initiateur du projet en attirant la nuque de sa femme dans un geste qui se voulait réconfortant, alors même que les manifestants courraient après le véhicule. Cette célébrité là, je m’en serais bien passé, finit-il par avouer.

Beaucoup de bruit pour rien.

C’était la seule pensée que lui inspirait ce qu’il pouvait voir à travers la vitre blindée. Pourquoi voulait-on l’empêcher de mener ses expériences ? Il ne parvenait pas à le comprendre. Alors qu’il était en train de réaliser en partie un vieux rêve de l’homme, Jack comprenait que l’humanité ne tenait peut-être pas réellement à réaliser ce rêve. L’homme n’était peut-être pas prêt à recevoir le don de son futur.

Par curiosité, Henri activa l’écran encastré dans son accoudoir.

« … le docteur Jack Adams et son équipe de chercheurs, rendus célèbres par leurs expériences inédites, ont à l’instant traversé une foule qui manifestait contre ces expériences jugées irrecevables devant Dieu. C’est en fait une véritable guerre conter la religion qu’a engagé le docteur Adams. »

Un homme intervint devant la caméra, poussant la présentatrice et cria :

« Avec vos expériences soit disant sans risque, vous allez finir par anéantir la race humaine ! On a déjà eu le nucléaire, on a aussi eu le génétique. Et maintenant ça ! On manipule nos cerveaux pour en extraire notre avenir. Moi, je vous le dis, tout ça va finir par nous anéantir ! »

Henri coupa le moniteur, songeur.

– Et dire que tout ça…

Jack referma la bouche, ne sachant pas réellement comment terminer sa phrase.

– Je n’aurais jamais dû participer à cette émission, dit-il.

Annie posa la tête sur son épaule tandis que Henri les observait avec de petits yeux astucieux plantés derrière des lunettes cerclées de métal.

– Si cela est arrivé, philosopha-t-il, c’est que cela devait arriver. Tu sais… le Destin, sourit-il.

Pendant ce temps, alors que la foule de manifestants s’agitait autour de lui, le bousculant, un homme regarda avec satisfaction s’éloigner le minibus qui emportait l’équipe de chercheurs. Et, alors que personne, pas même les caméras ni la négligente équipe de sécurité, ne lui prêtait attention, il se retourna et pénétra dans le bâtiment, comme si de rien n’était.

De toute évidence, il n’était pas ici pour crier à tout le monde son désaccord par rapport aux expériences menées dans ce laboratoire. Il était ici pour autre chose et avait profité de cette manifestation, organisée par les soins d’une personne bien placée, pour s’introduire dans les locaux. L’installation intéressait ses patrons au plus haut point.

On lui avait confié une mission et il entendait la mener à bien, comme il en avait l’habitude.

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Mars 2015

– Ainsi, tu veux appréhender ton Destin. Tu veux savoir ce que la vie te réserve.

– Qui est là ? demanda Jack en se retournant.

La voix ne s’occupa pas de la question.

– Et ceci est tout à fait légitime, car il est vrai que le Destin est l’héritage de l’homme. C’est son droit le plus respectable que de vouloir le percevoir. Rares, cependant, sont ceux qui eurent le privilège de le toucher. Encore plus rares, ceux qui y survécurent sans sombrer dans la folie.

Jack sortit prudemment de la lumière bleutée du lampadaire et pénétra dans la pénombre. Il tenta tout pour apercevoir le visage de l’inconnu, cette silhouette appuyée contre le mur.

– Qui est là ? répéta-t-il en s’arrêtant à moins de deux mètres de son interlocuteur.

L’inconnu ne semblait toujours pas vouloir répondre : tapi dans les ténèbres, il continua son monologue. Son ton devenait de plus en plus familier, au point que Jack se demandait où il avait bien pu entendre cette intonation, cette passion avec laquelle il tenait son discours.

– Il est parfaitement normal de vouloir appréhender l’avenir. Mais sais-tu qu’un jour ou l’autre, comme tout un chacun, tu te verras confronter à ton destin ? Qu’en feras-tu, Jack ? Rien ne peut le modifier.

L’inconnu eut un mouvement sur la droite et marcha à pas mesurés le long du mur, aussitôt suivi pa Jack. Malheureusement, à aucun moment, il ne put voir le visage l’étranger, qui semblait savoir tellement de choses sur lui que des frissons lui couraient dans le dos. L’homme avait entrepris un subtil jeu avec l’ombre et s’en sortait avec les honneurs, de sorte qu’il ne dévoila jamais ses traits.

– Tu sais, Jack, l’homme a toujours rêvé de connaître son avenir mais beaucoup ne seraient pas capable de supporter ces révélations : ils deviendraient fous. Certaines vérités font mal, Jack, et dis-toi bien que l’homme est impuissant face à son destin, face à ces vérités.

L’homme s’arrêta net et fit face à un Jack tout étonné de ce brusque arrêt. Même à ce moment, il n’eut pas l’occasion de voir à quoi ressemblait son interlocuteur.

– Et toi Jack ? Seras-tu capable d’accepter ton destin, de rester debout sans sombrer dans la folie ? La folie sera-t-elle ton destin ?

L’inconnu tendit le bras, montrant à Jack la direction à suivre. Ce qu’il fit.

Sur le chemin apparurent bientôt deux puissantes lumières blanches. Ses yeux s’agrandirent d’effroi alors qu’il se retrouvait dans le faisceau des projecteurs. Il tenta de courir mais sans entrain : il était résigné. Il savait qu’il ne pouvait plus rien faire pour empêcher ça.

– Quel est ton destin Jack ? reprit l’inconnu avec cette passion familière.

Les lumières grossissaient, fondaient sur lui. Alors qu’il observait la scène comme un spectateur impuissant, il distingua une silhouette qui se mouvait dans la lumière.

– Même toi, Jack Adams, tu ne peux changer le cours des choses.

Doucement, Jack revenait à lui. Reprenant conscience de son corps et du monde qui l’entourait, son esprit tentait de s’accrocher à la moindre parcelle de réalité alors que les dernières fibres du rêve se dilapidaient. Une sueur glacée enveloppait son corps de la tête aux pieds, son rythme cardiaque tentait de revenir à la normale et il essayait de reprendre le contrôle de sa respiration.

Son regard accrocha les yeux inquiets de sa femme. Il sentit qu’on le soulageait du poids de son casque et accueillit cette initiative avec un véritable sourire.

La bouille d’Henri, qui s’était décidément bien arrondie depuis quelque temps, se plaça à coté du visage d’Annie.

– Ca va Jack ? lui demanda celui-ci.

– Ton sommeil était agité, expliqua Annie. On a essayé de te réveiller, mais on n’a pas réussi. Je ne comprends pas ce qui s’est passé.

– Nom de Dieu ! Qu’est-ce qui s’est passé ? T’as vu quelque chose ?

Jack secoua la tête, se leva du siège, chancela et, vidé de toute force, retomba en arrière.

– Ne bouge pas, ordonna Annie.

– On va vérifier le système, lança Henri en joignant le geste à la parole.

Pendant ce temps, Annie injecta à son mari une dose de calmant afin de ralentir son cœur.

– Ca va mieux ? lui demanda-t-elle au bout d’un moment.

Jack se contenta de hocher la tête et tenta à nouveau de se lever, aidé par sa femme.

Ensemble, ils firent quelques pas jusqu’à ce qu’il puisse enfin marcher seul.

– Alors, commença-t-elle, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Qu’est-ce que tu as vu ?

– Je ne sais pas, répondit Jack. Je m’en rappelle plus.

La machine à voir le futur n’était pas parfaite, elle ne donnait pas cent pour cent de réussite. Pour cette raison, elle n’était pour l’instant qu’un simple projet, mais l’équipe réunie par le docteur Adams recherchait la perfection. Et il n’était pas exclu qu’un jour ils y parviendraient.

Ainsi, il arrivait que le cobaye ne se souvienne pas de son rêve. Ce qui était le cas cette fois-ci. Jack n’avait aucun souvenir de ce qu’il avait vu.

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27 Juillet 2020

Son nom, peu de personnes le connaissaient, même lui admettait parfois avoir du à s’y retrouver parmi ses nombreuses identités. La seule véritable faisait partie des informations estampillées confidentiel défense. Ses patrons erraient dans les plus hautes fonctions du gouvernement et ne s’inclinaient pas devant les lois. Leurs noms ne figuraient au générique d’aucun parti politique ni d’aucune organisation officielle. Rares étaient les citoyens qui pouvaient prétendre les connaître, et la plupart en étaient morts.

Ils étaient des inconnus et travaillaient dans l’ombre « pour le bien de leur pays ».

Cette nuit-là, l’agent avait une nouvelle mission. Pour cela, il s’était encore introduit dans ce laboratoire. La première fois qu’il s’y était glissé remontait à six ans, quand il avait profité d’une manifestation organisée par ses patrons ; il s’en souvenait parfaitement.

Depuis ce jour-là, il avait secrètement poussé cette porte neuf autres fois. Sur les ordres de ses patrons, il avait prélevé des produits dans des éprouvettes, copié des fichiers relatifs à des résultats d’expériences, des schémas électroniques ou des programmes informatiques. Il avait toujours effectué ses forfaits à l’abri des regards indiscrets – même ceux des caméras – et n’avait jamais laissé de traces de sa visite.

Cette nuit-là, sa mission était différente : lorsqu’il sortirait de cet endroit, il savait que ce serait pour la dernière fois.

Son forfait accompli, il franchit le portail dont le système avait été piraté et se dirigea vers sa voiture. Une fois installé derrière le volant, il fouilla dans ses poches et en sortit un paquet de cigarettes. Il en ficha une dans le coin des lèvres et l’alluma à l’aide de son briquet plaqué or. Il entendit le grésillement subtil du papier et du tabac qui entraient en combustion, alors qu’il s’emplissait les poumons de ce poison dont il savourait la délicatesse.

Il recracha ensuite la fumée et l’observa, à la faveur de la faible lueur bleutée d’un lampadaire, se faire aspirer par les aérations de son véhicule, qui dispensaient par la même un occasion un air frais et pur. Un étrange rictus se dessina soudain sur ses lèvres, comme le sentiment d’une nouvelle mission parfaitement menée le saisissait. Cependant, il conserva son sang-froid, se disant que cette mission n’était justement pas encore terminée : l’imprévu avait toujours sa place dans les événements, l’expérience le lui avait appris.

Aussi, il se renfrogna dans son siège, attendant que vienne le moment d’agir.

Il n’eut pas longtemps à attendre : dix minutes plus tard, deux faisceaux lumineux transpercèrent les ténèbres. Le véhicule s’immobilisa devant le portail de l’institution privée. Une faible lumière l’éclaira tandis qu’un ordinateur analysait les empreintes digitales du propriétaire de la Honda dernier cri. Le portail se mit en branle pour laisser passer le véhicule et se referma aussitôt.

En moins d’une minute, la Honda s’arrêta devant le bâtiment qui abritait le laboratoire. Un homme au ventre bedonnant en sortit et franchit le porte.

L’agent du gouvernement regarda alors l’écran du tableau de bord qui diffusait les images de deux caméras miniaturisées. Ingénieusement dissimulées dans le laboratoire, elles seraient entièrement détruites par la suite des événements. Il vit donc la porte s’effacer devant un homme qui s’épongea le front à l’aide d’un mouchoir blanc. Ses mouvements fébriles et la sueur qui lui couvrait le visage, embuant faiblement les verres de ses lunettes cerclés de métal doré, trahissaient sa grande nervosité.

Sur son écran, il vit l’informaticien chercher désespérément dans tout le laboratoire. Il ne semblait pas savoir réellement ce qu’il devait y trouver. Aussi, il alluma les ordinateurs et fouilla les fichiers informatiques. Ne trouvant rien, il se mit à faire avec rage le tour du laboratoire, s’accrochant aux sièges et aux tables, renversant du matériel et des produits pharmaceutiques qu’il ramassait avec des mains tremblantes de peur, ne faisant qu’aggraver les choses.

Puis son regard tomba sur quelque chose qu’il n’avait jamais remarqué, pour la bonne raison que cette chose n’avait aucune raison de se trouver là. Il se rapprocha de l’engin électronique…

Tout à coup, il comprit et se jeta en arrière, se précipitant vers la sortie.

– Alors, professeur Henri Bernardin, souffla l’agent du gouvernement pour lui-même alors que la porte du laboratoire trafiquée par ses soins refusait de s’ouvrir une dernière fois. Quel effet cela fait-il de savoir que l’on va mourir ?

Il vit l’informaticien s’acharner en vain sur sa seule issue. Il pouvait sentir le désespoir de l’homme qui sentait sa mort proche, mais qui ne voulait se résoudre à ce cruel destin.

L’agent alluma une nouvelle cigarette.

– Adieu, souffla-t-il alors qu’il recrachait la fumée.

Il actionna le bouton d’un boîtier de commande électronique.

Il était deux heures passées lorsque Hélène se dirigea vers la fenêtre de sa chambre. Au moment où son doigt toucha la commande du volet électrique, elle vit s’élever au loin une boule de feu qui embrasa le ciel nuageux de cette nuit d’été et s’imprima sur sa rétine comme une image qu’elle n’oublierait jamais. Les flammes disparurent et laissèrent une colonne de fumée. Hélène essaya en vain d’en déterminer la provenance.

Il n’y eut rien d’autre : aucun son, aucune onde de choc. Au bout d’un moment, elle eut l’idée de décrocher le téléphone pour prévenir les pompiers, mais on lui affirma que ceux-ci étaient déjà sur le coup.

Alors, elle ferma simplement son volet et se coucha, mais ses rêves furent hantés par cette immense boule de feu.

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Mars 2021

Jack était désemparé, il savait désormais que son projet avait définitivement été jeté à la poubelle. L’investisseur privé n’acceptait plus de le financer et le département de recherche n’accepterait pas plus que la première fois.

Il ne pouvait s’empêcher de penser tristement à Henri, reconnu coupable d’avoir posé les explosifs qui avaient détruit le laboratoire d’expérimentation. Et ce, au cours d’un procès que Jack avait jugé très expéditif.

Il avait manqué beaucoup de choses à cette instruction. Jack ne croyait pas en la culpabilité de celui qui était devenu son ami. Bien sûr, on avait retrouvé la carcasse éventrée de sa voiture devant les ruines du laboratoire, on avait même réussi à identifier son corps. Sans parler des caméras qui l’avaient filmé et du système informatique de la barrière qui avaient bien relevé son accès au site peu avant l’explosion. Des preuves qui ne mentaient pas. On était bien en droit de se demander ce qu’il était venu faire seul ici, à cette heure-là et pourquoi il avait l’air si nerveux sur les vidéos de surveillance. Mais en aucun cas, il ne pouvait être responsable : il s’était trop investi dans ce projet pour le détruire ainsi.

Aurait-il réellement été assez idiot pour s’enfermer à l’intérieur ou pour se laisser filmer par les caméras ?

Les accusations n’étaient pas fondées. Henri connaissait par cœur les systèmes de sécurité. Il n’était pas responsable de tout ça. Il y avait bien trop d’incohérence.

Jack tendit son bras et passa sa main dans les cheveux de sa femme, déjà plongée dans un profond sommeil.

Comment peux-tu dormir, Annie ?

Il ferma donc les yeux et se blottit contre celle qui partageait sa vie.

Contre toute attente, il trouva très vite le sommeil. Les souvenirs affluèrent et se mélangèrent pour donner naissance au rêve, des souvenirs d’un temps à venir pour un nouveau rêve prémonitoire. La machine ne lui était en effet plus d’aucune utilité depuis quelques années. Il pensait que cela datait du jour où il y avait eu cet incident, le jour où l’expérience ne s’était pas déroulée comme prévu et où on n’avait pas réussi à le réveiller.

Il n’avait plus besoin de solliciter artificiellement les rêves prémonitoires, ils lui venaient naturellement, il n’avait plus besoin de cette interface avec la machine dont il était lui-même à l’origine et qu’il était le seul à avoir testé mais qui avait été détruite au mois de Juillet dernier.

– Jack ? appela une voix douce.

Le neurologue se retourna. Depuis bien longtemps, il avait renoncé à savoir qui était cet être qui se blottissait dans l’obscurité. Il s’était fait à l’idée que jamais il ne le saurait.

L’ombre sembla sourire.

– C’est la dernière fois que nous nous voyons, annonça l’étranger de but en blanc. Maintenant, tu sais ce que la vie te réserve et tu l’as accepté. Tu fais partie de ces hommes, Jack, qui ont accepté sans sombrer dans la folie. De ce fait, ton destin compte parmi les plus grands. Toutefois, tout a une fin. Cette nuit, Jack, appréhende ta fin et accepte-la.

L’être tendit le bras et le monde tourna autour de Jack, subissant de lourds changements. Soudain, il était adossé à un mur. Un homme aux cheveux blancs s’approchait de lui, dévoilant son visage à la faveur du clair de lune. Il ne fallut pas longtemps au docteur pour comprendre de quoi il était question.

– Alors, c’est cette nuit que ça s’arrête ? demanda-t-il.

– Oui, c’est cette nuit, sourit l’homme sur le ton de la conversation. Vous n’essayez pas de fuir ? (Il semblait surpris.)

– Je sais que cela ne servirait à rien. Je vous attendais.

– Oh ? Vous saviez donc que j’allais venir ? (Les deux hommes se jaugèrent un instant avec respect.) Vous êtes un homme étrange, docteur Adams : je vous suis depuis bien longtemps maintenant, et je dois avouer que j’ai une certaine admiration pour vous, en particulier la façon dont vous acceptez la mort. Je n’avais jamais vu ça auparavant.

– Pouvez-vous m’expliquer ? demanda Jack.

– Vous ne savez donc pas ?

Les pensées de Jack étaient confuses sur ce point. Il arrivait à comprendre, mais n’était pas sûr de pouvoir l’expliquer de façon cohérente.

C’était en fait à un étrange jeu qu’il s’était livré avec le temps. On pouvait appeler cela un paradoxe : s’il avait su durant toutes ses années finalement, c’était justement parce que cet homme le lui avait expliqué avant de le tuer d’une balle dans la tête.

Le concept était étrange.

Le tueur comprit ce qui se passait au regard de sa victime.

– Avez-vous déjà vu cette scène, docteur Adams ?

– Oui.

– Et je vous ai expliqué, affirma le tueur pour lui-même. Le temps joue de drôles de tours parfois.

Alors, il lui expliqua qui il était et pourquoi il était là. Il lui expliqua tout au sujet du projet et l’identité de son investisseur – une organisation secrète du gouvernement. Il expliqua aussi que l’ordre de faire exploser le laboratoire lui avait été donné par ses patrons.

– Le pouvoir n’appartient pas à ceux que l’on croit, lui apprit-il.

Il lui raconta ensuite le rôle de Henri et pourquoi on avait retrouvé son corps dans les ruines du laboratoire.

– Il était un agent du gouvernement. Il travaillait pour nous, mais avait fini par se lier d’amitié avec vous. Nous avions légitimement peur d’une trahison, alors nous avons agi en conséquence. Nous l’avons appelé une nuit pour lui dire que toutes les preuves relatives à cette affaire se trouvaient dans le laboratoire, placées bien en vue de façon à ce que chacun puisse y avoir accès. Vous, en particulier.

Jack baissa la tête, il éprouvait un sentiment de trahison.

– Etes-vous prêt maintenant, docteur Adams ?

– Oui, je suis prêt.

Sans dire un mot de plus, l’agent du gouvernement pointa son arme sur la tête de Jack et pressa la détente.

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17 Octobre 2026

Une voiture blanche débouche au coin de la rue et passe près d’eux à une vitesse bien supérieure à la limite autorisée en ville. Une gerbe d’eau arrose les jambes de Jack et de son ami.

Devant, leurs femmes se sont lancées dans une grande discussion et marchent quelques mètres en avant.

Maintenant, Jack se souvient exactement comment tout cela va se passer. Il doit l’empêcher, il doit devenir maître de son destin et réécrire les pages de ses souvenirs.

Fatalement, il voit apparaître les deux puissants projecteurs. C’est maintenant qu’il doit agir, avant qu’il ne soit trop tard.

Alors, il court, tentant le tout pour le tout. Néanmoins, une ombre couvre son cœur : au fond de lui, il est résigné, convaincu que le destin est irrévocable. Il a le sentiment de n’être qu’un spectateur impuissant alors que, là-bas dans la lumière des phares, il distingue la silhouette de sa femme.

– Annie ! hurle-t-il

Alertée, cette dernière se retourne en sursautant et pose son pied trop au bord du trottoir. Déséquilibrée, elle part soudain à la renverse et se fait violemment percuter par la voiture qui, malgré un écart, ne parvient pas à l’éviter.

Le corps inerte d’Annie s’envole et s’affale à quelques mètres de là.

Le véhicule s’arrête un peu plus loin dans un grand bruit de frein. La portière s’ouvre à la volée, laissant sortir le propriétaire paniqué. Tandis que Jack tombe à genoux devant le corps de sa femme. Prenant la tête ensanglantée de sa bien-aimée dans ses bras, il écarte une mèche de cheveux et hurle sa douleur au ciel.

Il en veut soudain à tout le monde : à ce chauffeur imprudent qui tente de se justifier en expliquant qu’elle s’est jetée sur son capot, au ciel qui ne permet que l’on change la destinée, à celui qui a été son guide… Surtout, il s’en veut à lui.

Il se dit que tout est de sa faute.

Le destin lui a joué un drôle de tour : c’est son acharnement à vouloir connaître son avenir qui l’a mené à la mort de sa femme et le mènera à sa propre fin. Plus tard, en repensant à l’enchaînement de tous ces événements, il comprendra enfin que s’il n’avait pas déjà vu la scène…

S’il n’avait pas déjà cette scène, il n’aurait pas surpris sa femme en l’appelant au moment où passait la voiture.

Il repense à l’histoire du marchand de tapis qui tente d’échapper à sa mort, mais qui s’y précipite en réalité tête baissée. Ce marchand, c’est lui.

Tel est le prix du savoir.

C’est un an plus tard que Jack a rendez-vous avec son destin.

Tout se passe exactement comme dans son rêve : l’agent du gouvernement lui explique tout ce qu’il lui a déjà expliqué dans ses prémonitions.

– Etes-vous prêt maintenant, docteur Adams ?

– Oui, je suis prêt

Sans dire un mot de plus, l’agent du gouvernement pointe son arme sur la tête de Jack et presse la détente.

Jack se sent alors glisser vers un autre monde, un monde fait de silence et de bien-être. Il flotte. Les lois de la physique qu’il connaissait n’ont plus aucune emprise sur lui, le temps lui-même ne semble pas être capable de le retenir. Il a désormais l’impression de se souvenir de tout : passé, présent et avenir ; pas seulement de sa vie, mais de la vie de tout un chacun.

Il se souvient de son guide, qui lui a montré son destin ; il se rappelle sa voix chaleureuse et se comprend pourquoi il lui avait semblé l’avoir déjà entendue.

C’est lui-même. Il est l’ange qui révèle leur destin aux hommes. Ca a toujours été lui.

S’il avait pu voir le visage de ce guide il aurait eu l’impression d’être devant un miroir.

Il comprend tout. Il a le savoir absolu.

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Texte écrit par TacheMaster. Publié le 06/03/2007.
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